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Répertoire Informatisé des Тгоubadours et d'Oc - Littérature & poésie

Sujet de discussion : Répertoire Informatisé des Тгоubadours et d'Oc
  • climax007 Membre élite
    climax007
    • 10 mai 2018 à 23:41
    Les chercheurs italiens sont courageux, féconds, entreprenants.
    De fait, en ce qui touche à la littérature occitane ancienne, c'est en Italie que les efforts d'interprétation battent leur plein.

    Et voici que le projet Rialto, "Repertorio informatizzato dell’antica letteratura trobadorica e occitana", met à notre portée, par un effort continué depuis 2003, avec l'appui du Ministère de l’Éducation italien, avec l'accord des éditeurs d'origine et avec la collaboration de nombreuses universités italiennes, non seulement le Grand Chant ("canso"), mais aussi leurs biographies ("vidas"), des textes narratifs et didactiques (de médecine, par exemple).

    C'est une merveille, qui permet de parer à la dispersion des textes originaux d'une littérature, à laquelle la culture en Europe doit beaucoup, littérature disséminée dans des éditions coûteuses, épuisées, académiques, et partielles !

    http://www.rialto.unina.it/

    Une source documentaire en construction !
  • baal86 Membre expérimenté
    baal86
    • 11 mai 2018 à 00:44
    J'ai cru un l'instant à la lecture des premières lignes que ces chercheurs avaient trouvé un vaccin, de nouveaux moyens de locomotion, un carburant efficace qui ne porte pas atteinte à l'écologie. Peine perdue...
    Au lieu d'un équivalent d'Elon Musk l'UE épuise son énergie à revisiter les langues régionales alors que les nouvelles générations sont de plus en plus incapables à emboîter deux mots sans faire de faute grossière ou sans utiliser des anglicismes à la con.

    Merci quand même...
  • climax007 Membre élite
    climax007
    • 11 mai 2018 à 02:19
    Ce sont des chercheurs en sciences HUMAINES, qui s'attachent à préserver et à coordonner les sources d'informations, les sources primaires, les textes originaux quoi, de la première langue romane qui ait donné une littérature spécifique, une idéologie de l'amour - l'idéologie courtoise - et ait été associé à un type de civilisation, qui a nécessité la croisade contre les Albigeois et les cathares de la part de la papauté de Rome pour qu'elle soit réduite et intégrée, de force, au royaume de France.

    La littérature d'Oc a eu des surgeons en Allemagne (les Minnesänger), dans la poésie lyrique galaïco-portugaise (le roi Dom Dinis, le roi d'Aragon Alphone X dit le Sage, et tant d'autres plus obscurs) et aussi dans la lyrique catalane (la langue catalane étant du reste très proche du dialecte languedocien de l'Occitan). Et Dante, un des codificateurs de l'italien, s'est demandé si, au lieu de la langue de Florence, il n'allait pas utiliser la langue vernaculaire la plus assouplie de son temps : la langue d'Oc.

    Il en résulte que cette entreprise culturelle du RIALTO est des plus utiles.

    J'observe, en passant, que dans un pays hyper-technicisé, le Japon, on ne répugne pas à lire, soit dans des éditions en japonais moderne, soit avec des notes en bas de page explicatives, des anthologies poétiques couvrant des siècles d'écritures ou "Les Notes de Chevet" de Seï Shônagon, du XIe siècle.

    Les ressorts de la sensibilité et les manières de l'exprimer intéressent ceux et celles qui ne confondent pas les progrès techniques et industriels avec ce qui est utile au raffinement permanent des êtres humains.
  • jessdu59 Membre pionnier
    jessdu59
    • 11 mai 2018 à 07:40
    Merci pour cette érudite explication qui suscite ma curiosité!
  • climax007 Membre élite
    climax007
    • 11 mai 2018 à 12:43
    Le Moyen-Âge était plus en avance au Sud qu'au Nord. Notamment dans la structure féodale. Beaucoup de villes avec des droits propres (des chartes). De plus, beaucoup de fragmentations politiques entre des royaumes différents, ce qui n'empêchait pas le sentiment d'une unité grâce à la langue d'Oc, l'occitan, dont le catalan n'a été à une époque de son histoire qu'un dialecte.

    Un poésie courtoise, avec des formes complexes et codifiées.
    Et un désir toujours à vif, l'amoureux devant taire le nom de la Dame aimée, l'espérer, la prier, la voir ; à noter que les trobairitz, les femmes tгоubadours se manifestent dès lors, au 11°-12° siècles, trois siècles avant les expressions féminines en français.

    Et des poèmes gaillards qui sont l'envers des Grands Chants, des "cansos".

    Pour mieux titiller la curiosité de Jess !
  • jessdu59 Membre pionnier
    jessdu59
    • 11 mai 2018 à 13:21
    Encore un cordial Merci cher climax!
  • baal86 Membre expérimenté
    baal86
    • 11 mai 2018 à 16:55
    En réponse au message de climax007 :


    Les ressorts de la sensibilité et les manières de l'exprimer intéressent ceux et celles qui ne confondent pas les progrès techniques et industriels avec ce qui est utile au raffinement permanent des êtres humains.

    Space X est plus raffiné que de renforcer les prétentions régionalistes. On rigolera bien de voir les géants chinois et américains piétiner avec facilité les restes de pré-cultures de l'Europe divisée en clans et en tribus.
  • climax007 Membre élite
    climax007
    • 11 mai 2018 à 20:59
    Je reprends : RIALTO...

    Il s'agit d'une base de données tгапscrivant les sources de la première poésie lyrique de langue romane, la poésie de langue occitane, vers les onzième et douzième siècles, et cela rassemble aussi des textes d'autre nature de la même époque.

    L'intérêt porté à la littérature de langue d'Oc date du dix-neuvième siècle (ainsi signalons le français Claude Fauriel), a donné lieu chez le libraire Honoré Champion à des éditions critiques de puis les début du vingtième siècle, et a aussi donné lieu à la somme magistrale de Martin de Riquer en 1984 "Los Trovadores" (qui aura été une source d’inspiration non négligeable pour la poésie).

    9788434405479.jpg

    Autant dire que les tгоubadours du onzième et du douzième siècles ont précédé 'existence de l'Union européenne et survivront à son existence.

    L'intérêt porté par les linguistes, philologues, comparatistes italiens s'expliquent par le fait que l'italien étant une langue nationale de création très récente, nombre de tгоubadours italiens ont écrit en langue d'Oc, avant que Dante ne codifie ce qui n'était encore que le florentin.
  • climax007 Membre élite
    climax007
    • 11 mai 2018 à 22:30
    La littérature est une merveille, une maraviglia.

    Ainsi, le purgatoire, dont les hommes vivants ne sont rien censés savoir, se visite ; un imaginaire donne forme à des créatures diaboliques, décrites avec réalisme, avec détails et à des personnes accomplissant leur pénitence.

    Une tel texte aune importance pour l'histoire des mentalités, l’histoire du rapport à la mort : l'ineffable, indicible devient objectivable ; le temps humain n'est plus affronté à l'éternité de la tombe mais à des narrations mettant en Ьгапlе un temps d'après la mort, avec la naissance du purgatoire ; les futurs morts ainsi acquièrent une certaine familiarité avec ce qui était précédemment l'inconnu par excellence.

    Ensuite, se pose la question de l'exemplarité de ce texte : est-il porteur d'une machinerie d'images commune ? Ce texte est-il l'équivalent de représentations par des fresques ou des vitraux ? De plus, quelle perméabilité entre ce texte et la culture populaire toute d'огаlité ?

    Voilà : un texte se lit pour sa beauté, mais il nous interroge sur ses contemporains, et nous donne des moyens d'investigations.

    Ce texte de PROSE NARRATIVE "Viage al Purgatory", édité et vérifié en 2010 par Margherita Boretti, à partir d'un manuscrit conservé et coté à Auch, aux Archives départementales du Gers, nous offre un voyage "fantastique" (d'un point de vue anachronique !), et nous rapproche, grâce à l'imagination d'un scripteur, d'une époque, dont la nôtre lointainement découle.

    Le début du texte :

    Ramon de Perellos

    Viage al Purgatory



    [L’autore narra di sé e dei suoi viaggi; divisione dell’opera]

    [fol. 22r] In nomine sancte et individue Trinitatis. Amen.

    En l’an de la nativitat de Nostre Senhor M e IIIXCVIII, las vespras de Sancta Maria de setembre, obtinguda benedictio de papa Benezeyt XIII, parti de la cioutat d’Avinho, ieu, Ramon, per la gracia de Dieu vesconte de Perilhos e de Roda, senhor[1] de la baronia de Seret, per anar al Purgatory de Sant Patrici.

    E per tal com totz los homes del mon desiran a saber cauzas estranhas e meravilhozas, e sian plus plasens naturalmen aquelas que hom pot saber per vista que aquelas que no son a nos se no per aussir dire, per aquesta rasso ieu, que en mon joven fuy noyrit am lo rey de Franssa Carles, am lo cal mosenhor mon payre me laysset, lo cal era son amiralh e camarlenc, en aquela cort am tot los cavaliers e escudiers de son realme e dels autres realms de christias, volia saber volentier et eser enformat de las cauzas meravilhozas, variablas, estranhas que son per lo mon et agui lo cor mot enclinat de saber las cauzas per vista que no fassa per ausy dire a motz e diversses cavaliers.

    E de fagz ieu me messy a seguir las aventuras del mon per totas las teras de christias e de infisselhs e de Sarazis e de autras divегsаs sectas que son per lo mon, rassonablemen ni on hom pot anar. E tan que per la gracia de Dieu la major part de las caussas que ieu avia aussidas dire ni retrayre estranhas e meravilhozas, ieu ay vistas tan en tera quant en mar, e d’aquelhas per vezer per so ieu me pody far verdadieyra fe, en que ay sostengut grans perilhs e despens e trabals, tan en tera quant en mar, e estat en pressos de Christias e de Sarazis. De las cals cauzas ieu ressitar non cury, com ieu ay preat que no sia a la materia que ieu vuelh seguir nessesaria[2]: tan solamen volh parlar del Purgatory de sant Patrici, e aquesta contaray e retrayray en catre manieyras: primieyrament per que sant Patrici ordenec lo Purgatory; segondamen en cal partida es; terssamen per cal razo ieu messi en lo cor de intrar en lo Purgatory; cartam[en] las cauzas que ay vistas ni trobadas en lo Purgatory, aquelas que revelhar se [podo] ni devo, car cauzas y ha que no plasia a Dieu que per my sian revelhadas, [quar] non es pas espedien ni a Dieu plazen, no ho vol per lo perilh que s’en enseguiria ho en aquelhs als calhs serian revelhadas, lo cal seria [inreparable].

    [.................]


    http://www.rialto.unina.it/Prosanarrativa/Viage/Viage.htm
  • climax007 Membre élite
    climax007
    • 11 mai 2018 à 22:54
    Et Jaufre Rudel.

    L'amour de loin : la tension de l'amour par la distance entre, d'une part, le désir persistant et piqué de n'être pas satisfait, et, de l'autre, l'image de cette belle, que la "biographie" (entre parenthèses, car souvent il s'agit, pour tous les tгоubadours, de textes romancés, composés avec des éléments empruntés aux textes du tгоubadour lui-même) donne pour "la Comtesse de Tripoli" qui reçoit, expirant entre se bras le poète, et, se retire au couvent.

    --- Vidas del ms. B

    Jaufre Rudel de Blaia

    1 Iaufres Rudels de Blaia si fo molt gentils hom, princes de Blaia. 2 Et enamoret se de la comtessa de Tripol, ses vezer, per lo gran ben e per la gran cortesia ԛ’el auzi dir de lieis als pelegrins que vengron d’Antiochia. 3 E fetz de lieis mains bons vers et ab bons sons, ab paubres motz. 4 E per voluntat de lieis vezer, el se crozet e mes se en mar, per anar lieis vezer. 5 Et adoncs en la nau lo pres mout grans malautia, si que cill qui eron ab lui cuideron qe el fos mortz en la nau. 6 Mas tant feiron que∙ill lo conduisseron a Tripol, en un alberc, сum per mort. 7 E fo faich a saber a la comtessa, e venc ad el, al sieu lieich e pren lo entre sos bratz. 8 Et el saup qu’ella era la comtessa, si recobret lo vezer e·l flazar, e lauzet Dieu e·l grazi, qe∙ill avia la vida sostenguda tro qu’el l’ages vista; et enaissi el moric entre·ls braz de la comtessa. 9 Et ella lo fetz honradamenz e sepeilir en la maison del temple de Tripol; e pois, en aqel meteus dia, ela se rendet morga, per la dolor que ella ac de lui e de la soa mort. 10 Et aqui son escriutas de las soas chanssons.


    Ms.: B 76v.

    Note: Biografia di cui la tradizione manoscritta fornisce due versioni: una più estesa tradita da AB ed una più breve presente in IKN² .


    http://www.rialto.unina.it/Vidas/JfrRud(B).htm

    Et une des plus belles chansons de tгоubadour "Lanquan li jorn son lonc en mai", de Jaufre Rudel [prononcez "Jaufré", pas de "e" dit muet] ; de plus, oui, pas d'erreur, il y a comme en ancien français, un respect de la déclinaison bicasuelle, donc pas de "s" au cas-sujet pluriel !

    La source, avec l'ensemble des notes :


    http://www.rialto.unina.it/JfrRud/262.2(Chiarini).htm

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