Vous n'y avez pas échappé. C'est normal.
Cette guerre d'Algérie qui suscita :
- l'émergence de la Cinquième République française (établie à la faveur du putsch des généraux d'Alger), pour poursuivre la guerre et tenter de sauver les meubles face à l'insurrection algérienne,
- le rappel du contingent des appelés français pour une sale guerre,
- chez de nombreux rappelés français, à cause des horreurs vues ou que les gradés leur firent commettre, un durable traumatisme psychique qui les aura hantés toute leur vie, ainsi que chez les Algériens une mémoire de douleurs et de deuils (pas une famille qui n'ait perdu un frère, un oncle, une tante, un père ; et, si on lit - par exemple - une interview de Louiza Hanoune, dirigeante du Parti de Travailleurs en Algérie, son premier souvenir est celui de sa maison brûlée, des oliviers brûlés, près de sa mère pleurant),
- une guerre civile algérienne entre militants du Mouvement National Algérien (MNA) de Messali Hadj et le Front de Libération Nationale,
- des massacres d'Algériens moudjahidines mais aussi, à la fin de la guerre, le massacre des harkis (armée supplétive arabe au service de la puissance coloniale française),
- des centaines de milliers de morts parmi les combattants algériens (le nombre des morts algériens est difficile à estimer ; cependant, le chiffre mythique d'un million de morts apparaît inexact aux historiens ; le nombre, déjà assez atroce, de trois cent mille à quatre cente mille morts algériens est l'estimation retenue par les historiens),
- la pratique massive et institutionnelle de la torture comme moyen d'intimider et de tuer de la part des Massu et autres chargés de mission des basses œuvres,
- le naufrage des socialistes français de la SFIO dans le plus bas colonialisme mais aussi des réseaux d'aide à l'insurrection (réseau Jeanson, réseau trotskiste de Michel Raptis dit "Pablo", réseaux anarchistes),
- un massacre en plein Paris d'Algériens manifestant pacifiquement le 17 octobre 1961 contre le couvre-feu qu'on prétendait leur imposer, et ceci par la police de celui que, des années plus tard, l'on jugera pour complicité de crimes contre l'humanité pour ses activités de collaboration et de déportation avec les nazis, Maurice Papon,
- l'exode des "pieds-noirs" qui, pour la plupart, ne militèrent pas en faveur de l'indépendance et, quelle que soit leur appartenance sociale, furent victimes de la surenchère coloniale,
- tandis que le Parti communiste français restait dans un prudent attentisme (refus d'appeler à la désobéissance des rappelés, refus de soutenir clairement le mot d'ordre "Indépendance de l'Algérie", tandis que l'organe de presse central du PCF, "L’Humanité", était censuré de multiples fois),
la guerre d'Indépendance de l'Algérie mérite une vision historienne, et bien plus que ce résumé-éclair, qui ne fait pas la distinction des périodes, mais comment faire pour ramasser tant d'événements en peu de lignes ?
Des ouvrages, tels ceux de Benjamin Stora, spécialiste de l'Algérie (et lui-même "pied-noir") s'y emploient avec bonheur.
Mohammed Harbi aussi, lui, le militant de l'indépendance, qui a publié les archives du Front de Libération Nationale (FLN) algérien, aux éditions Jeune Afrique.
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Mais il y a, en-deçà de la conscience historienne et de la fabrication du récit historique, les souvenirs, les témoignages, les événements encore frais dans les mémoires.
Et comme la presse francophone algérienne existe, je vous mets en ligne un lien vers le supplément spécial consacré par le journal "El Watan" au "Cinquantième anniversaire de l'Indépendance de l'Algérie".
L'éditorial s'intitule : "Comment les Algériens se réapproprient leur histoire."
Pourquoi "réappropriation" ?
Parce que, par exemple, le nom de Messali Hadj est resté un non-dit dans l'histoire officielle en Algérie, jusqu'à très récemment, le pouvoir actuel tirant sa légitimité d'une prétendue continuité avec la "Révolution algérienne".
Cependant, Messali a été à l'origine, dès l'année 1926 avec la fondation de l’Étoile nord-africaine, de tous les partis (successifs, car interdits) qui militèrent pour l'indépendance algérienne ; et le FLN est une scission à partir du MNA dirigé par Messali Hadj, qui passa la plus grande partie de sa vie en relégation, en prison, en résidence surveillée à cause de sa farouche détermination d'indépendantiste.
--- Il est toujours bon de s'informer en prenant le prisme de l'étranger, notre semblable, notre frère : "Et si j'étais un Algérien, qu'est-ce que je pourrais savoir, comprendre, penser de ce qui a fondé mon pays ?"
http://www.elwatan.com/dossiers/50eme-anniversaire-independance-algerie/