Je me situerais dans l’intervalle, précisément là où le respect cesse d’être une sоumіssіоп x
Le mot respect est piégé, parce qu’il peut désigner deux choses presque opposées : reconnaître à l’autre son existence et sa dignité, ou bien se conformer à ce que les autres exigent de nous. Dans le premier sens, le respect est une exigence éthique. Dans le second, il peut devenir un instrument de domestication x
Et c’est là que ton évocation du Surmoi devient particulièrement intéressante. Le Surmoi n’est pas simplement la voix d'une morale raisonnable : il peut devenir cette instance intérieure qui dit "tu dois", même lorsque personne ne nous le demande plus. Les "Autres" finissent alors par s'installer à l'intérieur du sujet. On n'a plus besoin de surveillant : on se surveille soi-même x
L’aliénation commence peut-être à cet endroit.
Mais je mettrais une réserve importante à ton opposition entre "les Autres" et "l’aliéné". Tous les interdits sociaux ne sont pas nécessairement des refoulements meurtriers, et toute transgression n'est pas nécessairement une libération. Il existe aussi des limites qui protègent réellement l'autre : ne pas humilier, ne pas contraindre, ne pas détruire. La difficulté éthique est justement de distinguer la limite qui protège de la norme qui domestique x
Je ne placerais donc pas le respect au-dessus de l'individu, mais entre les individus.
Respecter l'autre ne devrait pas signifier : "Je me conforme à ce que tu attends de moi."
Mais plutôt : "Je reconnais que tu es irréductible à moi, et je réclame le même droit pour moi."
Cela change considérablement la question.
Car le véritable contraire du respect n'est peut-être pas l'irrespect. C'est l'appropriation : s'approprier l'autre, lui assigner une identité, lui expliquer ce qu'il est, ce qu'il doit être, ce qu'il peut dire, penser ou créer. Et, inversement, laisser les autres nous définir jusqu'à ce que nous ne sachions plus ce qui, en nous, vient de nous x
Quant à l'artiste, au penseur, au "fou" ou simplement à celui qui refuse de rentrer dans la case, je me méfierais autant de la glorification romantique de l'aliénation que de sa normalisation. L'esprit créatif n'a pas besoin d'être détruit pour être libre, ni d'être malade pour être ргоfопԁ. Il a surtout besoin d'un espace où la contradiction soit possible x
Et peut-être est-ce précisément là que je me situerais : du côté de la possibilité de parler sans être immédiatement réduit à ce que les autres ont décidé que cette parole devait signifier x
Le paradoxe final est assez vertigineux : pour que l'individu puisse véritablement s'appartenir, il faut aussi qu'il puisse rencontrer des Autres qui ne cherchent pas à le posséder x
Autrement dit, l'autonomie ne consiste pas à n'avoir plus d'Autres ; elle consiste à ne plus leur appartenir entièrement x
Une piste intéressante serait d'aller encore plus loin dans ta question en confrontant Freud, Foucault et R.D. Laing : leurs trois manières de penser le Surmoi, la norme et la "folie" permettent de déplacer radicalement cette idée d'un aliéné "phagocyté par les Autres" x
J'espère avoir été clair
x