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"C't'à ton tour, Laura Cadieux" de Michel Trem

Sujet de discussion : "C't'à ton tour, Laura Cadieux" de Michel Trem
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 décembre 2010 à 17:12
    "C't'à ton tour, Laura Cadieux"

    - Par Michel Tremblay
    - 135 pages
    - Première édition en 1973
    - Paru dans la "Bibliothèque Québécoise", en 1997
    - ISBN : 2-89406-106-4
    - Prix non indiqué [dans mon souvenir, six ou sept euros maximum]
    - A noter que la "Bibliothèque québécoise" est diffusée en France, ne serait-ce qu'à cause de Michel Tremblay (le plus souvent co-édité, dans la collection "Babel", par un éditeur du Québec et Actes Sud en France, maison qui a édité tout l'admirable théâtre de Michel Tremblay dans la collection "Papiers")

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    Dans une salle d'attente, chez un gynécologue, des discussions. Chaque semaine, ces dames se rencontrent & se regardent en chiens de faïence & s'embrassent à qui-mieux-mieux & parlent de tout, de rien, de la vie, de leur vie, pendant des attentes qui durent une demi-journée.

    Cette longue attente, c'est leur moyen de lâcher la pression, de prendre du recul, de sortir de chez-soi, de la routine où elles tournent, et leur cœur parle avec sincérité sans regarder aux convenances qui en prennent un rude coup.

    Le roman entier est construit avec les dialogues intérieurs de la narratrice (qui vient là pour une cure d'amaigrissement), et avec les dialogues qu'elle entend & qui s'échangent dans la salle d'attente. A noter que la narratrice s'efface très vite.

    Tout entier en joual, en français populaire du Québec.

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    Les Québécois ont bien de la chance d'avoir un romancier et un auteur de théâtre du gabarit de Michel Tremblay, bien connu pour sa trilogie homosexuelle ("Le cœur éclaté", "Le cœur découvert", ...), qui n'est pas -à mon goût- ce qu'il a écrit de meilleur, et pour ses "Chroniques du Plateau Mont-Royal", qui sont bouleversantes.

    Issu du peuple québécois, Michel Tremblay sait rendre, dans un infini respect & avec tendresse, le parler populaire & les ргоfопԁеuгs de réflexion qu'il atteint.

    Lorsque nous rions, ce n'est jamais avec un sentiment de supériorité, parce que le dispositif narratif de l'auteur interdit que nous prenions des distances hautaines & que nous nous érigions en juges : il y a des dialogues en flots de paroles et aucune intervention de l'écrivain par des notations, des descriptions ou des remarques annexes ; nous rions de situations invraisemblables, abracadabrantes et pourtant vraies ; nous rions de la verdeur du langage ; nous rions des chamailleries ; nous avons le cœur serré aussi. Nous ne nous moquons jamais des personnages.

    Et c'est un continuel jaillissement de langage qui est un régal, dans ce lieu confiné où viennent défiler les lassitudes, les aigreurs, les remarques acides, les bilans de vie, les observation apparemment anodines qui déclenchent des batailles et des réconciliations, les réflexions que l'on a retenues toute une semaine dans sa solitude de femme au foyer.

    Si cet homme était moins "peuple", il aurait depuis longtemps reçu le prix Nobel de littérature ; mais ces prix Nobel ne s'attribuent qu'à ceux qui mettent en scène, dans un langage châtié et dompté, des personnages "convenables" & admissibles selon les normes de la morale bourgeoise.
    En France, à cet égard, nous n'avons eu d'équivalents que Raymond Queneau et Louis Guilloux, me semble-t-il, et encore n'ont-ils pas eu cette obstination à rendre le langage populaire français de France, avec le même bonheur.

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    Un extrait (p.99) : "[Mon mari] On peut pas dire qu'y' est beau à se sacrer à genoux devant ! Pis comme chus pas une Popeye moé-même, on va ben ensemble. Moé, j'aime pas ben ça le monde trop beaux. D'habetude, sont bêtes (...) On dirait que ça leur suffit d'être beaux, pis qu'y auront jamais de besoin d'autre chose, dans' vie ! C'est vrai ! Le monde laid, ça finit toujours par se démarder , dans' vie, mais le monde beaux on dirait que ça l'a pas de forces pour se sortir de leu' misère ! Sont beaux pis c'est toute... J'aime mieux être laide pis débrouillarde qu'épaisse pis belle. J'dis ça, j'dis ça, pis... ça m'arrive, à moé aussi, comme tout un chacun, de rêver que chus belle pis que j'ai toutes les hommes à mes pieds... Pis ça m'arrive aussi d'être épaisse... Mais ça me rend pas plus belle, par exemple. Quand chus t'avec Pit... Des fois, quand chus t'avec Pit, pis qu'y est fin, ben... j'finis par le trouver pas trop pire. On s'habitue, après tant d'années, aux affaires pas belles de son mari, pis on vient qu'on les oublie (...)"

    + "épais", en français du Québec a le sens de : "idiot, pas malin, lourd d'esprit, іmЬéсіlе, dépourvu de subtilité".
  • rami Membre pionnier
    rami
    • 28 décembre 2010 à 23:15
    La flemmeeeeeeeeeeeeee de lire tout cela ,

    Ok je sors
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 29 décembre 2010 à 00:06
    La flemmeeeeeeeeeeeeee de lire tout cela ,

    Ok je sors

    Pour ceux qui ont la flemme
    Mais qui ont toujours du flegme,
    J'ai découpé en petites portions
    Le texte pour qu'il n'y ait indigestions.

    Comme pour toute chose, le "tout cela"
    Qui se trouve présentement & provisoirement là
    A demandé de la réflexion et de la peine,
    Le choix des mots et qu'ils aillent à l'haleine,
    Qu'ils soient lisibles et comestibles & digestes,
    Qu'éventuellement ils aient cet acidulé zeste
    Qui donnerait le désir de franchir le pas
    Et de conduire des lecteurs sur le pas
    D'une librairie, où dans le fatras,
    Sans prétendre au nec plus ultra,
    Ils demanderaient sans que ça fasse un pli
    Le livre d'un auteur québécois de prix.
  • rami Membre pionnier
    rami
    • 29 décembre 2010 à 00:24
    Euhhhh ! c zoli
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 29 décembre 2010 à 02:54
    Euhhhh ! c zoli

    Les personnages québécois du roman
    N'ont aucune sorte de zézaiement,
    Et ils n'ont pas la langue dans leur poche,
    Vieilles rombières, têtes à recevoir des taloches,
    Dames au foyer, vieilles filles crispées,
    Et même des nonnes jamais déridées,
    Nous font un pugilat de paroles,
    Et lorsqu'à une manque le sol
    Elles se précipitent en chœur.

    Elles ne demandent jamais l'heure
    Ou si peu, parce que dans l'attente
    C'est toutes leurs vies qui se fendent
    Et s'entrouvrent dans des aveux vrais.

    Et lorsqu'elles sortent enfin au frais,
    Elles n'ont qu'une unique impatience,
    Qu'une nouvelle semaine recommence
    Pour les ramener au rendez-vous
    Qui est leur ultime garde-fou.

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