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Dilma Rousseff - Présidente du Brésil

Sujet de discussion : Dilma Rousseff - Présidente du Brésil
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 15:59
    C'est un grand moment de la télévision, qui pour moi donne une vue passionnante et émouvante de la personnalité de Dilma Rousseff.

    Dilma Rousseff est l'actuelle présidente de la République Fédérale du Brésil

    Alors, porte-parole du gouvernement du Président Lula, Dilma Rousseff répond à un sénateur de la droite brésilienne, qui s’était penché sur le fait qu'elle avait menti, voulant suggérer par là-même que le mensonge était sa marque de fabrique ordinaire, et le fait le plus saillant de la présidence de Lula Inácio da Silva.

    Par ailleurs, dans le cadre du scandale du "mensalão" [achat de voix de députés au profit du gouvernement conduit par le Partido dos Trabalhadores ; quinze mille feuilles de dossiers ; affaire en attente d'être jugée], ce sénateur faisait un parallèle, diffamatoire pour tous ceux (entre autres les fondateurs du parti des Travailleurs brésilien) qui avaient combattu les généraux fascistes, entre une possible utilisation de l’État par le P.T. de Lula, pour étouffer la vérité, et l’État policier de la dictature, interdisant la vérité.


    Je ne prétends pas faire une traduction intégrale, mais voici la substance fidèle des propos de Dilma Rousseff.

    Réponse de Dilma Rousseff : "J'ai une remarque préalable à faire, remarque que j'estime importante pour la démocratie brésilienne (...)

    Le processus de la dictature militaire qui commence en 1964, s'étend ensuite, et atteint son apogée dans les années soixante-dix, où l'on torture et où l'on tue sans discrimination, est complètement différent de celui du processus de transition démocratique des années quatre-vingt, dont nous sommes les héritiers (...)

    Quand j'ai été arrêtée, j'avais dix-neuf ans, je suis restée trois années en prison, j'ai été barbarement torturée, et je tire un immense orgueil d'avoir menti sous la torture, parce que ce n'est pas facile de mentir sous la torture, la souffrance est lancinante, vous ne pouvez pas imaginer, Sénateur, la tentation est grande de dire, nous sommes humains donc fragiles, et vous ne savez pas combien la douleur est grande mais je tire un grand orgueil d'avoir menti, parce que j'ai sauvé la vie de camarades opposants à la dictature (...)

    Tout individu qui prétend assimiler le temps de la dictature avec la démocratie actuelle du Brésil n'accorde aucune valeur à la démocratie. Dans la dictature il n'y a pas de place pour la vérité ; la liberté d'expression avait été enterrée.

    Sous la torture, sous les électrochocs et les coups et les menaces de mort, il n'y a pas de place pour le dialogue ; ici je réponds à l'opposition, nous dialoguons, on peut me questionner et je peux répondre car, Sénateur, nous sommes placés dans des conditions matérielles et morales d'égalité, dans la possibilité d'un dialogue civilisé, et je vous respecte, Sénateur (...)

    Comment dialoguer sous la torture, quand la vérité la plus banale peut conduire à la mort (...)

    Il n'y a pas de place pour la vérité et son expression dans le régime de la dictature, que ce soit au Brésil, ou en Argentine pendant la dictature militaire, ou en Algérie pendant la guerre d'Algérie (...) Mon orgueil est immense d'avoir menti, d'avoir sauvé des vies de la torture et de la mort (...) La dictature était dans un camp ; moi, j'étais dans l'autre camp (...) Je n'avais aucune obligation de dire la vérité à la dictature (...)

    Sous la dictature, Sénateur, celui qui a du courage et de la dignité - parce que c'est extrêmement difficile de mentir sous la torture - dit des mensonges ; dans le cadre de la démocratie, on peut dire des vérités (...)

    Et je crois, Sénateur, qu'à ce moment-là de la dictature militaire, vous et moi, nous nous trouvions, dans des phases bien différentes de nos vies (...)

    Cela fait partie de ma biographie, d'avoir été une opposante armée à la dictature, et je ne le récuse en rien, bien au contraire."


    Vous trouverez plus bas cette vidéo poignante ; une dame pugnace et digne ! Face à un moraliste, de droite, qui voudrait la coincer avec de prétendues valeurs morales éternelles comme "Tu ne mentiras jamais". "Et en aucunes occasions".
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 16:03



    MIRACLE !!! J'ai réussi, enfin, à mettre en ligne une vidéo !

    La réponse proprement dite, réponse à ce Sénateur dont le prénom est Agripino, commence à trois minutes et vingt-quatre secondes.

    Ce "post" en hommage au courage et à la détermination d'une femme estimable !

    .C'est quand même une honte d'avoir à placer un tel sujet dans le fоuгге-tout "défouloir", alors qu'il y a là une leçon d'instruction civique, un grand moment de vérité politique, et l'affirmation admirable du courage d'une femme (qui souligne par ailleurs qu'elle n'appartenait pas à la classe des héros, et que son sort était partagé par bien d'autres êtres ordinaires et sans prétention).
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 17:36
    Je me repasse divers passages du discours de Dilma Rousseff ; et je trouve ce discours, apparemment d'une grande banalité parlementaire, d'une grande puissance. Très instructif ; édifiant.

    Cela me rappelle la puissance oratoire de Jean Jaurès. Ce qui n'est pas rien.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 18:04
    ---- Oui, Jaurès
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 18:05
    Oui, Jaurès ! Décidément !
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 18:08
    - Bon je voulais corriger le premier texte, et voilà qu'il m'a pondu un clone, que j'ai dû éliminer
  • fox13 Membre confirmé
    fox13
    • 28 mai 2012 à 19:36
    Merci ^^
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 28 mai 2012 à 20:25
    Merci ^^

    Je ne vais pas tomber dans l'admiration béate de Dilma Rousseff ; entre autres, je ne suis pas d'accord avec la politique, continuellement mené par les gouvernements à majorité pétiste du Brésil de payer la dette externe, et pour cela de payer des intérêts, et des intérêts d’intérêts, au capital financier international, politique qui sоumеt le peuple brésilien - riche de son nombre et des richesses immenses du sol brésilien - à une pression énorme, intenable, insupportable.

    Mais, comme je le soulignais, cette femme ne renie rien de son passé.

    Et son bref et incisif discours est ADMIRABLE face à L’INSANITÉ d'un sénateur qui voulait mettre un signe égal entre le mensonge institué par les dictateurs militaires et les manœuvres gouvernementales en régime démocratique - d'ailleurs à quel niveau de responsabilité ? au seul niveau de José Dirceu, directeur de cabinet de Lula ? -, absolvant par là, et son propre passé d'homme de droite soutien du régime militaire, et la répression qui fit disparaître toute expression politique indépendante, notamment des travailleurs (d'où la naissance du Partido dos Trabalhadores).

    Les Brésiliens ont une présidente courageuse.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 24 juin 2012 à 15:02
    J'ai trouvé l'intégrale du texte portugais de la réponse de Dilma Rousseff sur un des sites qui retransmet cet épisode de "passe d'armes" exemplaire entre, d'une part, un homme de droite qui veut faire entendre que le gouvernement Lula a des pratiques étatiques "policières", et ne fait que mentir comme mentait Dilma Rousseff quand elle était en prison sous la dictature militaire qui a terrorisé et ensanglanté le Brésil et, d'autre part, la porte-parole du gouvernement Lula, Dilma Rousseff, l'actuelle président de la République Fédérale du Brésil.

    Le voici :

    "Qualquer comparação entre a ditadura militar e a democracia brasileira, só pode partir de quem não dá valor à democracia brasileira. Eu tinha 19 anos, fiquei três anos na cadeia e fui barbaramente torturada, senador. E qualquer pessoa que ousar dizer a verdade para os seus interrogadores, compromete a vida dos seus iguais e entrega pessoas para serem mortas.

    Eu me orgulho muito de ter mentido senador, porque mentir na tortura não é fácil. Agora, na democracia se fala a verdade, diante da tortura, quem tem coragem, dignidade, fala mentira. E isso (aplausos) e isso, senador, faz parte e integra a minha biografia, que eu tenho imenso orgulho, e eu não estou falando de heróis. Feliz do povo que não tem heróis desse tipo, senador, porque agüentar a tortura é algo dificílimo, porque todos nós somos muito frágeis, todos nós.

    Nós somos humanos, temos dor, e a sedução, a tentação de falar o que ocorreu e dizer a verdade é muito grande senador, a dor é insuportável, o senhor não imagina quanto é insuportável. Então, eu me orgulho de ter mentido, eu me orgulho imensamente de ter mentido, porque eu salvei companheiros, da mesma tortura e da morte. Não tenho nenhum compromisso com a ditadura em termos de dizer a verdade.

    Eu estava num campo e eles estavam noutro e o que estava em questão era a minha vida e a de meus companheiros. E esse país, que transitou por tudo isso que transitou, que construiu a democracia, que permite que hoje eu esteja aqui, que permite que eu fale com os senhores, não tem a menor similaridade, esse diálogo aqui é o diálogo democrático. A oposição pode me fazer perguntas, eu vou poder responder, nós estamos em igualdade de condições humanas, materiais. Nós não estamos num diálogo entre o meu pescoço e a forca, senador.

    Eu estou aqui num diálogo democrático, civilizado, e por isso eu acredito e respeito esse momento. Por isso, todas a vezes...eu já vim aqui nessa comissão antes. Então, eu começo a minha fala dizendo isso, porque isso é o resgate desse processo que ocorreu no Brasil. Vou repetir mais uma vez: Não há espaço para a verdade, e é isso que mata na ditadura. O que mata na ditadura é que não há espaço para a verdade porque não há espaço para a vida, senador. Porque algumas verdades, até as mais banais, podem conduzir a morte. É só errarem a mão no seu interrogatório.

    E eu acredito, senador, que nós estávamos em momentos diversos da nossa vida em 70. Eu asseguго pro senhor, eu tinha entre 19 e 21 anos e, de fato, eu combati a ditadura militar, e disso eu tenho imenso orgulho."


    Encore une fois : une grande leçon de politique !!!
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 24 juin 2012 à 15:05
    Cette femme est admirable

    Fougue, énergie, et du сhагmе...
    La pensée claire.

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