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José Afonso, du Portugal & du Monde

Sujet de discussion : José Afonso, du Portugal & du Monde
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 22 septembre 2012 à 14:47
    Un des chanteurs les plus émouvants que je sache,
    à la voix saisissante,
    rénovateur du vieux Fado de Coimbra,
    auteur de chansons d'intervention contre la dictature fasciste de Salazar et de son successeur Marcelo Caetano,
    auteur de "Grândola, vila morena" qui est LA chanson de la Révolution du 25 Avril 1974 au Portugal,
    auteur de chansons où viennent se mêler des rythmes africains (il passa une partie de son enfance en Afrique),
    José Afonso est dans le cœur de tous les Portugais du peuple (pas dans le cœur des Portugais de l'oligarchie, bien symbolisée par le dirigeant de la Commission européenne, M. Durão Barroso),
    il y demeure,
    et son chant est dans le cœur de tous les hommes et de toutes les femmes qui méritent ce nom,
    car il chante la valeur des instants si passagers et fragiles, de l'amitié, de la solidarité combattante et de la tendresse,
    et son ironie mordante contre les fascistes est d'une actualité foudroyante.





    Zeca Afonso - Canção de Embalar

    "Dorme meu menino a estrela d'alva
    Já a procurei e não a vi
    Se ela não vier de maԁгugada
    Outra que eu souber será pra ti
    ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô (bis)
    Outra que eu souber na noite escura
    Sobre o teu sorriso de encantar
    Ouvirás cantando nas alturas
    Trovas e cantigas de embalar
    Trovas e cantigas muito belas
    Afina a garganta meu cantor
    Quando a luz se apaga nas janelas
    Perde a estrela d'alva o seu fulgor
    Perde a estrela d'alva pequenina
    Se outra não vier para a render
    Dorme quieto a noite é uma menina
    Deixa-a vir também adormecer."

    Traduction :
    "Dors, mon tout petit, l'étoile toute de blancheur,
    Je l’ai cherchée mais je l'ai pas distinguée.
    Si elle ne venait pas, lors de cette matinée
    Une autre, que je saurais, serait pour toi.
    ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô ô (bis),
    Une autre que je reconnaitrais dans la nuit obscure,
    Venant se poser sur ton sourire d'enchantement pur,
    Tu l'entendras qui chante dans les hauteurs
    Des rimes et des chansons pour te bercer,
    Des rimes et des berceuses très belles.
    Oui, affermis ta voix, mon chanteur.
    Quand la lumière de l'étoile s'amortit aux fenêtres,
    L'étoile de blancheur perd de son brillant étincelant,
    Elle le perd, cette étoile de blancheur si minuscule,
    Si une autre ne vient pas pour le lui rendre.
    Dors tranquillement, la nuit est une toute petite enfant,
    Laisse-la donc, elle aussi, s'abandonner au sommeil."

    (Traduction personnelle)
    Moi, ce texte me bouleverse !!!
    Et c'est une berceuse !!!
    Il n'y a pas de genre mineur !


    "Les vampires, ils mangent tout, ils mangent tout, ils sont de partout, et ils ne nous laissent rien du tout (...)" [Que dirait-il des рlапs "d'aide" (sic !!!) de la Troïka Fonds Monétaire International-Banque Centrale Européenne-Union européenne, Troïka alliée au gouvernement portugais actuel dont la majorité parlementaire repose sur un nombre de voix exprimées inférieur au total des voix de l'abstention lors des dernières élections législatives portugaises, Troïka qui met le pays en coupe réglée et le réduit à la misère, et qui a fait du Portugal - de nouveau, comme dans les années 1960 - un pays d'émigration massive ?]



    "La mort est sortie dans la rue (...) une goutte de sang rouge tombe sur la chaussée (...) Le vent souffle à travers les champs de canne (...) La mort que l'on t'a infligée appartient à la terre qui te reçoit (...) Œil pour œil, dent pour dent (...) " Un poème dédié à un des ses amis, peintre, assassiné par la Police Internationale de Défense de l’État (la PIDE, police politique du régime fasciste de Salazar et Caetano).




    La chanson de la Révolution du 25 Avril 1974.
    Elle donna le signal, à minuit, cette chanson interdite, aux opérations du putsch militaire du Mouvement des Forces Armées, qui mit à bas le plus ancien régime fasciste d'Europe. Et sa simplicité, sa grandeur, le sens de ses mot en firent l'hymne de combat et de ralliement du peuple portugais contre tous ceux qui voulaient et voulurent stabiliser la situation, aux dépens des changements indispensables au bien-être (dont la réquisition des entreprises, dont le partage des terres des latifundiaires, ...)



    A l'adresse de Salazar : "Le vieux, il est temps de plier bagages et de dégager (...) Que l'on ne me force pas à sortir dans la rue et à crier qu'il est temps de plier bagages et de lever les voiles (...)"



    "Que amor não me engana
    Com a sua brandura
    Se da antiga chama
    Mal vive a amargura
    Duma mancha negra
    Duma pedra fria
    Que amor não se entrega
    Na noite vazia?
    E as vozes embarcam
    Num silêncio aflito
    Quanto mais se apartam
    Mais se ouve o seu grito
    Muito à flor das aguas
    Noite marinheira

    Vem devagarinho
    Para a minha beira
    Em novas coutadas
    Junta de uma hera
    Nascem flores vermelhas
    Pela Primavera
    Assim tu souberas
    Irmã cotovia
    Dizer-me se esperas
    Pelo nascer do dia"

    Traduction personnelle :
    "Que l'amour ne vienne pas me duper
    Avec ses douceurs.
    Si de l'ancienne flamme
    Il reste à peine l'amertume
    D'une macule obscure,
    D'une froide pierre,
    Pourquoi l'amour ne se donne-t-il pas
    Dans la nuit pleine de vide ?
    Et nos voix prennent le large
    Dans un silence affligé ;
    D'autant plus elles s'en vont au loin,
    D'autant plus on entend leur clameur,
    Très près, au ras, à la fleur des eaux,
    Ô nuit des marins !

    Viens tout doucement, dans ta lenteur,
    Jusqu'aux rives de mоп согрs.
    Sur de nouvelles pâtures,
    Au côté d'un lierre,
    Naissent des fleurs rouges
    Au sеіп de notre printemps.
    Et c'est ainsi que tu pourrais savoir,
    Ma sœur, mon alouette,
    Et me dire quel est ton espoir
    Au lever du jour."

    Le texte portugais est bien plus beau.



    José (dit "Zeca") Afonso est un grand poète, populaire au meilleur sens du mot, subtil, et jamais en lui les nécessités du combat politique n'ont raidi et refroidi sa langue, bien au contraire il avait une très haute estime du langage si abîmé et avili par le régime fasciste (dont on sait - cf. Victor Klemperer : "LTI, Lingua Tertii Imperii : la langue du Troisième Reich" - que le remodelage et l’abaissement des mots au niveau utilitaire de la propagande sont des ressorts essentiels, pour la police des consciences et des pensées).

    Aimez-le ; écoutez-le ; goûtez-le.
    C'est le Portugal dans sa vérité.


    José Afonso interprété par un groupe rock :



    José Afonso chante "Grândola, vila morena" lors de son dernier concert public (sa voix essoufflée vient de la maladie neurologique dont il mourra trois ans plus tard). Les sаlорагԁs qui ont coupé le film coupent dix minutes d'hommage du peuple venu entendre son chanteur une fois ultime.




    Joan Baez chante "Grândola, vila morena" en portugais :

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