Voici un des sonnets les plus connus, admirés, appris dans les écoles des pays lusophones : il s'agit d'un sonnet de Luís Vaz de Camões (seizième siècle ; il est mort en 1579-1580, on ne sait exactement quand).
Une description des sentiments et des douleurs les plus variés qui constituent l'Amour ; l'Amour est une puissance qui agit avec force et indépendamment de l'amoureux & une allégorie empruntée au panthéon gréco-romain.
C'est une suite de contradictions, qui indiquent les mouvements contraires animant un amoureux/une amoureuse. Ainsi est soulignée la nature bizarre et illogique de l'état amoureux, puisque dans la logique classique - selon la doctrine du tiers exclu - les opposés ne peuvent coexister ensemble.
Et la conclusion est un paradoxe formulé ainsi : comment tant de contradictions, qui devraient se stériliser les unes les autres, peuvent-elles cependant produire un effet positif, l'attraction amoureuse ?
TEXTE PORTUGAIS :
Amor é um fogo que arde sem se ver, é ferida que dói, e não se sente ; é um contentamento descontente, é dor que desatina sem doer.
É um não querer mais que bem querer ; é um andar solitário entre a gente ; é nunca contentar-se de contente ; é um cuidar que ganha em se perder.
É querer estar preso por vontade ; é servir a quem vence o vencedor ; é ter, com quem nos mata, lealdade.
Mas como causar pode seu favor nos corações humanos amizade, se tão contrário a si é o mesmo Amor ?
TRADUCTION FRANÇAISE :
L'Amour est un brasier qui brûle sans se voir ; C'est une plaie dolente, et qui ne se ressent ; C’est un contentement qui se fait mécontent ; C’est une souffrance affolant sans émouvoir.
C'est ne rien vouloir bien plus que bien vouloir ; C’est marcher solitaire en plein milieu des gens ; C’est ne se contenter jamais d’être content ; C’est un souci qui gagne en perdant son pouvoir.
C'est d’être emprisonné former le vœu plénier ; C’est vainqueur restituer au vaincu les honneurs ; C’est garder envers qui nous tue la loyauté ;
Cependant comment peut engendrer sa faveur Parmi les sentiments humains un soin dévoué, Si autant contraire à lui-même est cet Amour ?
[Traduction personnelle de Climax69007]
Et vous, avez-vous ressenti ce genre d’embrouillamini ? Ces tiraillements dans un sens et puis dans un autre ? Ces mélanges bizarres de sentiments ?
nytedhko
Membre expérimenté
3 août 2012 à 20:12
Tres beaux vers et si vrais
sergeclimax69007
Membre suprême
3 août 2012 à 21:11
Les vers de Camoens [orthographe ancienne] qui pourraient passer pour de simples jeux de mots ont du сhагmе, bien que le thème de l'amour qui déchire et tiraille et écartèle dans de pénibles entre-deux insolubles soit un lieu commun du seizième siècle
Camoens n'écrit "que de pures vérités et non des apprêts". De sorte que ce qui donne à ses poèmes une part de leur intensité troublante (outre son art de la formule et son art de la versification), c'est d'être fondés sur sa "vivante expérience" (je cite un autre sonnet).
Merci d'avoir goûté ces mots anciens de quatre siècles !
lulu29
Membre confirmé
3 août 2012 à 22:14
J'adore, merci du partage, et surtout de la traduction
sergeclimax69007
Membre suprême
3 août 2012 à 22:43
J'adore, merci du partage, et surtout de la traduction
C'est gentil Et c'est un рlаіsіг de faire connaître par des mots, qui ne sont pas de stricts équivalents des termes originaux, un peu de la saveur de Camoens. Mais, tu as raison dans ton "J'adore" : aucun mot de trop chez Camoens, justesse, précision, c'est un grand de la littérature mondiale.
Je rappelle : - la traduction de son épopée "Les Lusiades", par Roger Bismut, dans la collection "Bouquins", en édition bilingue, pour une trentaine d'euros ; - la traduction de quelques quatre-vingt-dix sonnets de lui par Anna-Marie Quint, aux éditions Chandeigne (dix euros pour une édition bilingue) ; - une anthologie de ses poèmes parue aux Éditions de L'Escampette.
Pour poursuivre le рlаіsіг de la découverte !
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