Nuit de printemps
De François René de Chateaubriand
Le ciel est pur, la lune est sans nuages,
Déjà la nuit aux calices des fleurs
Verse la perle et l’ambre de ses pleurs.
Aucun zéphyr n’agite le feuillage
Sous un berceau, tranquillement assis
Où le lilas flotte et pend sur ma tête,
Je sens couler mes pensées rafraîchies
Dans les parfums que la nature apprête.
Des bois dont l’ombre en ses prés blanchissants,
Avec lenteur se dessine et repose,
Deux rossignols jaloux de leurs accents
Vont tour à tour réveiller le printemps
Qui sommeillait sous ces tоuffеs de roses.
Mélodieux, solitaire Ségrais,
Jusqu’à mon cœur vous portez votre paix.
Des prés aussi traversant le silence,
J’entends au loin vers ce riant séjour
La voix du chien qui gronde et veille autour
De l’humble toit qu’habite l’innocence.
Mais quoi, belle nuit, déjà je te perds
Parmi les cieux à l’aurore entrouverts.
Phebe n’a plus que des clartés mourantes,
Et le zéphyr en rasant les vегgеrs
De l’Orient avec un bruit léger,
Se vient poser sur ses tiges tremblantes.