J’ai commencé à déguster, car il est vraiment des auteurs qui se dégustent, Quignard par sa "Rhétorique" (à l’intention des lecteurs раssіfs : non, ce n’est pas un gras mot…) Tu décris bien cette écriture, elle est imprégnée de magie blanche, c'est-à-dire dénuée d’effets de manche et autres méfaits de langue, ceux qui savent bien faire sont souvent des faiseurs… Quignard, lui, laisse faire, l’écriture coule, avec cette clarté qui tinte, cet austère que l’on cisèle, cette grâce efficace, alors le lecteur, ni асtіf ni раssіf… se laisse "musiquer", il entre dans l’espace entre les notes où il a été invité, il crée son propre désir et jouit là où il n’aurait jamais osé seulement poser le regard… C’est cela pour moi le talent de magicien blanc de Quignard, cet érudit à l’archet dépourvu de toute graisse, aux mains désampoulées, n’a rien d’ésotérique, il parle avec nous, son élitisme est communiste, et communicatif. C’est un écrivain minuscule, donc trois fois grand, un passeur, un messager de la beauté efficace de la langue. Je suis comme toi, j’aime les mots, je les pratique, je les partage un peu, et je connais mes limites. Je suis toujours dans le trop, et le pas assez, c’est ainsi que je touche les miennes, pour cela que je plonge dans cette sobriété comme dans une ivresse… Une danse aussi, panique… Alors, oui, l’essence qui nous est instillée, est aussi la nôtre… Sergehervé, permets-moi de te prescrire "Le Sехе et l’Effroi", tu cherchais un "mode d’emploi", bien sûr cela n’existe pas, puisque nous ne l’avons pas inventé… mais ce livre est peut-être ce qui s’en rapproche le plus, dans son inconnaissable nuage… Je me souviens de ses brochettes de рhаllus et de fascinus, de sa revisitation du miroir de Narcisse (tué, non par l’amour de lui-même, mais par son propre regard…) Plongeons dans le clair-obscur de nos nuits blanches et rouges, faisons joyeux naufrage ! Affrontons le mystère du рlаіsіг, ce puritain… Sans oublier sur la rive du rêve, le Désir, ce désespoir des astres, cet amer effaré…
Je n’ai pas lu "La Fronteira", je vais plutôt relire "Le Sехе…", et en déguster l’Effroi…