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"Les Tablettes de buis (...)" de Pascal Quignard

Sujet de discussion : "Les Tablettes de buis (...)" de Pascal Quignard
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 30 décembre 2010 à 14:05
    -"Les tablettes de buis d'Apronenia Avitia"
    - Traduites par Pascal Quignard
    - 146 pages ; collection "L'Imaginaire", éd. Gallimard
    - Prix : six euros et cinquante centimes
    - ISBN : 2-07-071520-5

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    Ce court ouvrage nous livre les notes d'une patricienne romaine, du quatrième siècle de notre ère.

    Alors que les dieux anciens cèdent la place, alors que l'Empire se fissure, qu'une nouvelle civilisation (avec le christianisme pour religion d'État) s'affirme définitivement, que les guerres civiles génèrent des massacres, tranquillement, sur une durée de vingt ans, par touches impressionnistes, elle nous détaille ses goûts, des anecdotes, des bons mots.

    Ces notations, brèves et disparates, entrelacent le tissu sensible d’une vie oisive et donc d’autant plus vouée à ressentir & à éprouver, avec netteté & raffinement.

    S'il y a des bizarreries d’époque (par exemple des spécialités de la cuisine des riches Romains), prédomine & nous touche cette collection de petits faits, de petites choses, d'impressions fugitives, notés pour mémoire & pour en prolonger le рlаіsіг.

    Et, par un de ces hasards improbables de la conservation des textes antiques, ces petits riens auront diffusé jusqu'à nous leur délicate & fragile saveur, faite d’un halo de souvenirs, qu’une femme disparue depuis longtemps aura préservés de l’oubli & du néant.

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    Dans la littérature universelle, je ne vois que « Les notes de chevet » de Séï Shônagon, la grande écrivain japonaise du onzième siècle, qui puissent les dépasser, par la description & l’appréciation des petits riens qui font le sel de nos vies.

    Parmi les ouvrages de Pascal Quignard, qui intervient, ici, avec sa « patte » de traducteur, c’est celui qu’avec « Tous les Matins du monde » (très connu pour sa qualité d’écriture mais, surtout, grâce à son adaptation cinématographique), je vous recommande davantage, par ferveur et admiration.
  • bakanek Membre confirmé
    bakanek
    • 31 décembre 2010 à 02:20
    Moi je suis un fan des Petits Traités, entre autres ouvrages de ce musicien de la langue... Je me souviens à la Pérec comment j'ai découvert de façon jouissive (il m'en faut peu ? beaucoup ?) en lisant cet auteur comment la lettre z qui dérive de la sixième lettre de l'alphabet grec, le dzêta, s'était trouvée reléguée par décret ! à la fin de notre alphabet, parce qu'elle évoquait lors de sa prononciation le "sourire des morts"...
    Il y a aussi le Sехе et l'effroi, plus facile à placer ici ?... BOUH !
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 31 décembre 2010 à 03:25
    --- Ah les "petits traités" sont des régals, de toute évidence ; maestria de la langue, aucune boursouflure, une aisance de la pensée qui s' énonce avec clarté ; j'admire beaucoup le mode de composition de Pascal Quignard, qui y va par petits fragments qui se joignent, et forment apparemment une chaîne où les idées viennent par association plus que par une implacable suite logique, et qui au final nous aurons instillé l'essence de ce dont il s'agissait.

    Ce mode de composition laisse le temps au lecteur et ne l'enfourne pas dans un mouvement perpétuel de la non-pensée active : soudain, ça s'arrête, un vide, un creux, et même sur le papier le signe d'une séparation, comme l'invite à mettre en marche notre propre train de pensée.

    Oui, auteur à déguster. Même dans les matières les plus ardues, il a de la légèreté & ne fait étalage de rien ; son livre "Rhétorique spéculative", sans sonner les trompes de la philosophie universitaire, sans jargon, sans obstacle autre que notre impatience à comprendre, est le type même de livre qui donne à penser, avec discrétion & modestie.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 31 décembre 2010 à 03:42
    --- J'avoue que je n'ai pas encore lu "Le sехе et l'effroi" : je ne suis pas assez mûr, pas assez solide, ou alors trop couard, pour que me soit énoncées certaines vérités ; non que Quignard soit brutal dans sa manière, mais le sujet est rude ; aussi, j'entrouvre ce livre, je le repose et le dédaigne, je "l'oublie" ; les quelques phrases que j'en aient lu formaient, à elles seules, un sens, que je ne peux pas encore aborder ; et comme Quignard ne peut pas se lire dans le détachement, en аvаlant les mots, les phrases pour les anéantir, c'est le statu-quo avec ce livre.

    --- Une seule déception de la part de Quignard : que son court roman "La Fronteira" ne soit pas aussi réussi que "Tous les matins du monde" ; ça aurait été tellement beau que les magnifiques photos des azulejos [ces faïences à ԁоmіпапtе bleue qui sont "typiques" du Portugal] s'allient à un texte ample ; ores le texte m'a semblé mesquin, chétif, peu touchant ; comme si un beau roman du dix-septième siècle avait été raté.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 31 décembre 2010 à 03:53
    --- Magnifique faute d'orthographe, de ma part : "nous aurons instillé". Ben voyons !!!! Aïe aïe aïe : il faut lire, dans ma première réponse, bien évidemment : ".... nous auront Instillé..."

    Je ne suis pas un magicien de la langue ; Quignard, lecteur assidu des classiques latins, toujours dans la remontée vers le sens fécond et premier des mots, toujours veillant à ce qu'aucun adjectif ne soit redondant est un grand mаîtге, lui !!!
  • bakanek Membre confirmé
    bakanek
    • 31 décembre 2010 à 11:26
    J’ai commencé à déguster, car il est vraiment des auteurs qui se dégustent, Quignard par sa "Rhétorique" (à l’intention des lecteurs раssіfs : non, ce n’est pas un gras mot…) Tu décris bien cette écriture, elle est imprégnée de magie blanche, c'est-à-dire dénuée d’effets de manche et autres méfaits de langue, ceux qui savent bien faire sont souvent des faiseurs… Quignard, lui, laisse faire, l’écriture coule, avec cette clarté qui tinte, cet austère que l’on cisèle, cette grâce efficace, alors le lecteur, ni асtіf ni раssіf… se laisse "musiquer", il entre dans l’espace entre les notes où il a été invité, il crée son propre désir et jouit là où il n’aurait jamais osé seulement poser le regard… C’est cela pour moi le talent de magicien blanc de Quignard, cet érudit à l’archet dépourvu de toute graisse, aux mains désampoulées, n’a rien d’ésotérique, il parle avec nous, son élitisme est communiste, et communicatif. C’est un écrivain minuscule, donc trois fois grand, un passeur, un messager de la beauté efficace de la langue. Je suis comme toi, j’aime les mots, je les pratique, je les partage un peu, et je connais mes limites. Je suis toujours dans le trop, et le pas assez, c’est ainsi que je touche les miennes, pour cela que je plonge dans cette sobriété comme dans une ivresse… Une danse aussi, panique… Alors, oui, l’essence qui nous est instillée, est aussi la nôtre… Sergehervé, permets-moi de te prescrire "Le Sехе et l’Effroi", tu cherchais un "mode d’emploi", bien sûr cela n’existe pas, puisque nous ne l’avons pas inventé… mais ce livre est peut-être ce qui s’en rapproche le plus, dans son inconnaissable nuage… Je me souviens de ses brochettes de рhаllus et de fascinus, de sa revisitation du miroir de Narcisse (tué, non par l’amour de lui-même, mais par son propre regard…) Plongeons dans le clair-obscur de nos nuits blanches et rouges, faisons joyeux naufrage ! Affrontons le mystère du рlаіsіг, ce puritain… Sans oublier sur la rive du rêve, le Désir, ce désespoir des astres, cet amer effaré…
    Je n’ai pas lu "La Fronteira", je vais plutôt relire "Le Sехе…", et en déguster l’Effroi…
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 31 décembre 2010 à 14:56
    - Bon !! Je me laisse prescrire "Le sехе et l'effroi", et son cortège de légendes grecques, illustrant ce je ne sais quoi & j'espère ne pas devenir aveugle comme celui qui regarde, d'un regard direct, la Gorgone
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 31 décembre 2010 à 19:50
    "cet érudit à l’archet dépourvu de toute graisse, aux mains désampoulées, n’a rien d’ésotérique, il parle avec nous, son élitisme est communiste, et communicatif. C’est un écrivain minuscule, donc trois fois grand, un passeur, un messager de la beauté efficace de la langue." (Citation de Denk68, pour caractériser Pascal Quignard)

    Pascal Quignard est d'une simplicité désarmante : aucun jargon ; aucune préciosité donnant à entendre qu'il serait dans les hautes sphères ; des phrases non désarticulées & qui nous laissent respirer ; des bouquets de mots, choisis, ordonnés, avec tact ; un écrivain qui s'efface derrière ses écrits (à noter la rareté, chez Quignard, serait-ce un artifice de narration, du "je") ; oui, Pascal Quignard est de plain-pied avec le lecteur !!!

    Et c'est une belle définition d'un écrivain & un honneur qu'il puisse la porter, sans mensonge : un communiste, un partageur de la beauté. S'il paraît "élitiste", ce n'est que dans le panorama des lettres françaises actuelles ; son abord est franc, facile, généreux, sans chicanes.

    Lisez "Les tablettes de buis d'Apronenia Avitia" que Pascal Quignard a traduites, pour vous en faire la démonstration !!!
  • bakanek Membre confirmé
    bakanek
    • 31 décembre 2010 à 22:26
    Cet élitisme est celui de la rareté de l’humus en terres bitumées, de la délicatesse de la lettre dans la casse des vulgaires, c’est le contraire d’une exclusion, c’est une invite, les portes sont ouvertes de l’intérieur à la jubilation, c’est à nous, à oser, entrer, en posant nos préventions. Quignard n’est pas l’auteur pour littéreux cacochymes et autres grenouilles d’encriers qu’il semble être de l’extérieur… il est la preuve vibrante que la culture est un temple fait pour être profané, on y marche en sabots, on se met à table et on fait chabrot du petit vin des mots. Vu de l’extérieur, ce n’est pas très attrayant, il te faut faire le pas, là est la seule exigence, qui fait du lecteur un acteur, et non un pot d’antichambre que l’on remplit. Je me mets à la place du lecteur rebuté, néophyte, conditionné à ne pas se prendre la tête ! (elle pourrait s’ouvrir, et lui, apprendre à sourire, comme on rugit…) que viendrait-il faire dans une telle galère de mots, des sujets qui ne lui parlent pas la langue de tous ses jours, il se sent un exclu, alors il crie à la constipation comme on crie au vіоl ! sans savoir que c’est lui qui s’exclut, seulement lui, d’un bel univers, le sien. Je suis moi aussi un petit lecteur de rien du tout, et Quignard est une belle rencontre. Le prof l’a dit, le cancre aussi, c’est peut-être vrai !

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