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Moins souffrir parmi et avec mes souvenirs

Sujet de discussion : Moins souffrir parmi et avec mes souvenirs
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 1 février 2011 à 21:22
    Bien des objets matérialisent ce qui fut une relation, qui a basсulé, zébrée dès le début par les coups de foudre lâchés par les contrecoups de sa perception paranoïde de l'univers humain, atmosphère orageuse que -dans un esprit sacrificiel, acquis depuis bien longtemps- j'accueillais en moi, devenant une sorte de paratonnerre expiant je ne sais quelle faute dans un vide électrisé de ses mouvements à lui, de ses humeurs irascibles à lui, et m'animant de sa vie à lui.

    Mais il reste ces objets (outre une demi-camionnette d'objets qui sont sa manière de me squatter), ces objets communs, qui d'être bougés, redistribués dans l'espace m'appartiennent davantage : et voici que je bouge dans le musée où ma tristesse me pétrifie, où la nostalgie qu'il a du passé veut me minéraliser (nous nous voyons encore) ; et voici que je tente de m'extraire de la gangue, qu'il faudrait surtout ne pas briser, laisser intacte, en mémoire perpétuelle de notre passé et que je brise le contrat tacite de n'être qu'à lui.

    Et je souris, dans ma tristesse, à me souvenir des moments ensoleillés ; je regarde la seule photo que j'aurai eue de lui, une photo de groupe, "la photo communale" 2010 prise sur la place publique entre Théâtre National Populaire et Hôtel de Ville par la municipalité de Villeurbanne, photo où -m'a-t-il dit- il faut avoir une loupe pour l'identifier parmi les mille participants. Il y en a une autre trouvée, il y a longtemps, dans ses affaires, et dont je ne sais ce qu'elle est devenue : elle est quelque part. Lui, avec vingt ans de moins. Et c'est tout.

    Et j'ai à la fois l'impression d'avoir été façonné par lui & qu'il m'a inculqué ses goûts -devenus miens-, et l'impression contraire d'avoir été modelé contre mon gré et habité par lui.

    Mais ce soir j'aurai bougé quelques une de ces assiettes décoratives, horriblement kitsch -paraît-il-, mais qui ne me déplaisent pas, et je me serai peut-être adressé à quelques uns et quelques unes, qui auront parcouru le fil contradictoire de quelques confidences (impudiques ?)
  • titange55 Membre élite
    titange55
    • 2 février 2011 à 00:50
    :
  • kokogaigai Membre élite
    kokogaigai
    • 2 février 2011 à 15:47
    Tres beau texte, bravo
  • over-raver Membre élite
    over-raver
    • 3 février 2011 à 15:36

    A tout nos souvenirs maudits
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 3 février 2011 à 17:33
    J'écoute la voix de Nina Simone, si juste, si ргоfопԁе, la voix posée d'une femme bouleversante & je me dis que, malgré les distances, Over-Raver connaît l'art de panser les plaies, avec délicatesse, et que ce garçon a un cœur subtil [Merci !]



    Mais je poursuis :

    Il fait, en tyran qui ne me quitte pas, chaque semaine son apparition dans cet espace, qui nous fut commun, que maintenant il regarde -avec un effarement mélancolique- en triturant et en remâchant ses propres souvenirs ; il apporte des madeleines, nous parlons peu, il reste quatre à sept heures ; douceur et roideur. Ainsi, chaque semaine, mais serait-ce différent à ne pas le voir, il alimente cette image que j'ai de lui ; j'y consens.

    Et lorsqu'il n'est pas là, lui à qui je ne pourrai jamais faire toucher du ԁоіgt -puisqu'il n'y croit pas- combien, malgré tout, j'ai pu l'aimer, il se dessine dans l'espace le creux de son absence, qui a le goût sucré des madeleines, détail qui me détourne de penser au cuisant passé.

    Et, comme il fut le premier avec qui j'aurai vécu, pour qui je fus assez aimable au point qu'il m'ait fait cette grâce, lorsqu'il me dit "Pour moi, c'était pour la vie !", cela me tient au bord des larmes, qui ne couleront pas, et au bord des mots, qui ne doivent pas être dits, sinon s'enchaînerait & s'enhardirait -de nouveau- notre histoire commune, qui fut de détresses, de maladresses, de folies, de possessions réciproques et d'espoirs déçus, comme si l'un pouvait être d'un autre le début et la fin, la plaine et les plus hauts sommets, la nourriture et la flamme, ce qui lui tient en tous lieux lieu de tout, et du reste, et du surplus.
  • over-raver Membre élite
    over-raver
    • 4 février 2011 à 15:27
    J'écoute la voix de Nina Simone, si juste, si ргоfопԁе, la voix posée d'une femme bouleversante & je me dis que, malgré les distances, Over-Raver connaît l'art de panser les plaies, avec délicatesse, et que ce garçon a un cœur subtil [Merci !]

    Aucune vraie subtilité, juste une vague de souvenirs personnels que j'ai pu ressentir a travers ton texte ^^'
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 7 février 2011 à 22:51
    J'écoute la voix de Nina Simone, si juste, si ргоfопԁе, la voix posée d'une femme bouleversante & je me dis que, malgré les distances, Over-Raver connaît l'art de panser les plaies, avec délicatesse, et que ce garçon a un cœur subtil [Merci !]

    Aucune vraie subtilité, juste une vague de souvenirs personnels que j'ai pu ressentir a travers ton texte ^^'

    Over-Raver, si je te dis que tu as de la subtilité, ne serait-ce qu'à ressentir, tu peux m'en croire, et si Nina Simone crée des volutes сhаuԁеs de voix noire américaine, suffisamment grandes et épaisses, pour nous envelopper et nous panser tous les deux, ce n'est pas mal [Ce garçon est contrariant !!!]

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