J'écoute la voix de Nina Simone, si juste, si ргоfопԁе, la voix posée d'une femme bouleversante & je me dis que, malgré les distances, Over-Raver connaît l'art de panser les plaies, avec délicatesse, et que ce garçon a un cœur subtil [Merci !]

Mais je poursuis :
Il fait, en tyran qui ne me quitte pas, chaque semaine son apparition dans cet espace, qui nous fut commun, que maintenant il regarde -avec un effarement mélancolique- en triturant et en remâchant ses propres souvenirs ; il apporte des madeleines, nous parlons peu, il reste quatre à sept heures ; douceur et roideur. Ainsi, chaque semaine, mais serait-ce différent à ne pas le voir, il alimente cette image que j'ai de lui ; j'y consens.
Et lorsqu'il n'est pas là, lui à qui je ne pourrai jamais faire toucher du ԁоіgt -puisqu'il n'y croit pas- combien, malgré tout, j'ai pu l'aimer, il se dessine dans l'espace le creux de son absence, qui a le goût sucré des madeleines, détail qui me détourne de penser au cuisant passé.
Et, comme il fut le premier avec qui j'aurai vécu, pour qui je fus assez aimable au point qu'il m'ait fait cette grâce, lorsqu'il me dit "Pour moi, c'était pour la vie !", cela me tient au bord des larmes, qui ne couleront pas, et au bord des mots, qui ne doivent pas être dits, sinon s'enchaînerait & s'enhardirait -de nouveau- notre histoire commune, qui fut de détresses, de maladresses, de folies, de possessions réciproques et d'espoirs déçus, comme si l'un pouvait être d'un autre le début et la fin, la plaine et les plus hauts sommets, la nourriture et la flamme, ce qui lui tient en tous lieux lieu de tout, et du reste, et du surplus.