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Récits de Kolyma - Varlam Chalamov

Sujet de discussion : Récits de Kolyma - Varlam Chalamov
  • volodia Membre habitué
    volodia
    • 14 décembre 2010 à 19:58
    [Image introuvable]

    Edition : Fayard (1986) - Prix : 260FF - Pages : 1189 - I
    SBN 2 7071 1651 3
    SBN 2 213 81849 9

    Varlam Chalamov est, avec Soljénitsyne, le plus grand écrivain russe des camps staliniens. Il y a passé ving-deux ans. Dans d'autres circonstances, il eût été, tout simplement, l'un des plus grands écrivains russes...

    Il est né en 1907. Arrêté pour la première fois en 1929, étudiant à l'université de Moscou, il est condamné à cinq ans de camp. Après avoir purgé sa peine, il est de nouveau condamné à cinq ans et envoyé, au début de 1937, dans les camps de Kolyma. Sa peine est prolongée à plusieurs reprises et, il n'en sortira qu'en 1953, année de la mort de Staline. Abandonné par sa famille, il sombre dans la solitude pour finir, malade, dans un asile de vieillards. Transféré brutalement dans un hôpital psychiatгіԛuе de Moscou à la fin de 1981, il y meurt quelques jours plus tard.

    Mon avis :

    Les Récits de Kolyma constituent le témoignage le plus bouleversant écrit sur la vie dans les camps soviétiques. Chalamov est aux antipodes de toute la littérature qui existe sur les camps. Il est aussi impitoyable à l'égard du lecteur, semble-t-il, que la vie l'a été à son égard et à celui des gens qu'il décrit. Et que Kolyma. D'où un sentiment d'authenticité, d'adéquation du texte au sujet. En cela réside la supériorité particulière de Chalamov par rapport aux autres écrivains. Il écrit comme s'il était mort.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 14 décembre 2010 à 22:37
    --- Varlam Chalamov a été interné dans le vaste univers du goulag pour "activités trotskistes dirigés contre l'État soviétique" ; il a passé une vingtaine d'années dans les camps de la Kolyma, en extrême-Orient, en Sibérie ; et, libéré, il y est encore resté ; il n'aura jamais vu de son vivant publié ses récits -sinon en samizdat, dans des publications clandestines- passés vers l'ouest de l'Europe, publié ici [en France, d'abord par les éditions Maspero] (là-bas pour lui) & il aura terminé sa vie, sous Brejnev, vieux, impotent, sourd, sans défense, mais irréductible, dans un hôpital psychiatгіԛuе, à Moscou.

    --- Il n'aurai pas dû survivre, car lorsque l'on était accusé d'être "trotskiste" dans les années trente du vingtième siècle, c'était la mort assurée.
    Seule la chance, la perte de son dossier et des affectations dans d'autres camps au moment où on allait l'anéantir l'auront sauvé.

    --- Plus qu'avec Soljénitsyne, qui a voulu construire par "L'Archipel du goulag" un mémorial à la mémoire des détenus du goulag (en sachant que Soljenitsyne a fait partie d'une génération de détenus postérieure à celle de Chalamov qu'il exécrait, qu'il n'a jamais été communiste, qu'il était un partisan du retour au passé impérial d'avant la révolution d'Octobre 1917, un slavophile, un monarchiste et un antisémite -cf son ultime ouvrage consacré aux Juifs dans leur rapport avec les Russes) - avec Varlam Chalamov, grâce au pointillisme de ses récits, nous рéпétгons dans le quotidien d'un enfermement dans le grand désert blanc, dont le principal gardien et bourreau est le froid. Son écriture est remarquable de retenue : dire l'horreur quotidienne, la faire sentir sans nous apitoyer.

    --- Aussi bien que les récits de la Russe communiste Evguénia Ginzburg internée dans les camps staliniens, "Les récits de la Kolyma" (republiés chez Verdier, dans des traductions nouvelles ou revues) se haussent au niveau qu'atteint -pour les camps nazis- "L'Espèce humaine" de Robert Antelme.

    --- Mais ces récits-là sont uniques, puisqu'ils sont l'œuvre d'un homme qui entendait certes témoigner, mais sans réduire ce qu'il écrivait à une collection documentaire et exemplaire de faits ; "Les récits de la Kolyma" donnent à voir, ressentir, éprouver la vie des camps staliniens et post-staliniens, au travers des péripéties d'une vie, avec des échappées sur ce qui arrive à d'autres. Il n'y a pas pour Chalamov de "détenu générique" : il y a des histoires à raconter. Et à lire.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 14 décembre 2010 à 23:37
    --- Chez les libraires d'occasion, si vous trouvez les ouvrages de Varlam Chalamov, publiés chez François Maspero ou chez Fayard, n'hésitez pas !!! Achetez !!! Car chez ces deux éditeurs, c'est épuisé & définitivement indisponible. Achetez si le libraire d'occasion ne spécule pas sur le fait de l'épuisement de ces volumes chez les éditeurs !!!

    --- "Les Récits de la Kolyma" chez Verdier, dans la collection "Slovo" coûtent quarante-cinq euros : il s'agit de 1491 pages (mille quatre cent quatre-vingt onze pages), papier bible, grand format (identifiant ISBN : 2-86432-352-4). Vous avez là L'ÉDITION INTÉGRALE des récits de la Kolyma (les traductrices, qui ont tout retraduit, ont définitivement opté pour le fait de mettre un article avant Kolyma, qui est devenu "la Kolyma"). Il n'y a pas d'édition partielle, ni de poche.

    --- Vous trouverez, cependant, de Varlam Chalamov, ses "Souvenirs de la Vologda", davantage autobiographiques, récits d'emprisonnements et de camps, pour 15 euros, chez Verdier. VOUS POUVEZ COMMENCER PAR ICI !!!


    --- Il y a là, vraiment, UN GRAND AUTEUR DE LANGUE RUSSE, ainsi que l'écrit Volodia et je dirai plus que lui, LE grand auteur de langue russe du vingtième siècle, un auteur peu célébré, peu reconnu, beaucoup moins adulé que Soljénitsyne parce qu'il n'aura jamais fait la cour aux gouvernements quels qu'ils soient, parce qu'il n'aura jamais donné dans l'anticommunisme à l'inverse de Soljénitsyne (qui a toujours pratiqué l'amalgame communisme = stalinisme et vice-vегsа, et révolution = catastrophe), un homme authentique qui avait surtout le souci de la langue et du récit, un homme dont la position éthique consistait -finalement- dans le polissage de ces récits, pour sauvegarder des souvenirs de sa vie, ceux d'autres vies & sauvegarder la langue dans sa fonction de vérité -alors que le mensonge & la falsification régnaient avec l'école du "réalisme socialiste" (sic), cette sinistre pantalonnade idéologique, cette grande castratrice des artistes russes et soviétiques (peintres, poètes, romanciers, ...) du vingtième siècle.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 14 décembre 2010 à 23:43
    --- MERCI VOLODIA
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 15 décembre 2010 à 00:15
    --- Bon, je me suis laissé emporter par mon enthousiasme : pour le vingtième siècle, en Russie, il y a aussi & entre autres Pasternak, Gorki (pas la figure de proue du régime stalinien ; non, celui qui -avant- a écrit son autobiographie, "La Mère", "Les Bas-Fonds"...) Brodski, Mandelstamm... et Soljénitsyne !

    Mais j'avoue que j'ai un faible & un dévouement -envahissant, je sais, mais si vous croyez que c'est facile de converser seul avec soi-même, vous vous mettez les ԁоіgts des pieds dans les narines !- envers dees laissés-pour-compte de la stature de Varlam Chalamov.

    Cet homme devrait être édité en poche à des centaines de milliers d'exemplaires, reconnu ; parce qu'il bouleverse, parce qu'il est honnête et dit véridiquement, parce qu'il sait conduire ses récits, parce qu'il n'y a en lui nulle lourdeur, parce qu'il ne démontre aucune thèse, parce que -davantage que Soljénitsyne- qui faisait œuvre de mémorialiste, ses "Récits de la Kolyma" me frappent au cœur.

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