Le 14 juillet dernier le Tour de France est passé ici, Pogacar à gagné facilement cette étape
A ce sujet j' ai fait un copié/collé d' un article du journal suisse Le Temps consacré à cette étape, c 'est pas en France qu on lirait ca
<<Tadej PogaÄar, la premiĂšre mort du Tour de France
Ce nâest pas seulement la course que dĂ©truit le maillot jaune, vainqueur ce mardi au Lioran, dans le Massif central, ce sont les rĂšgles, dogmes et traditions de son sport, et la notion du temps
Un grand coureur doit savoir faire des cadeaux, au hasard concĂ©der lâĂ©tape du 14 juillet Ă un coureur français: cette vieille rĂšgle est morte. Un vainqueur du Tour de France ne peut pas dĂ©passer le plafond physiologique des 7 watts par kilo: plafond pulvĂ©risĂ©. Le Tour se gagne sur un vĂ©lo lĂ©ger dans la montagne, avec des pneus Ă©troits, un cintre large, des jantes basses: câest tout lâinverse quâil faut lire dĂ©sormais. Le vainqueur du Tour est forcĂ©ment dopĂ©, et sera forcĂ©ment dĂ©clarĂ© positif un jour: câest fini aussi.
Une Ă une, Tadej PogaÄar (Team UAE-Emirates) dĂ©truit les lois antiques du cyclisme, comme il a fracassĂ© la dixiĂšme Ă©tape du Tour de France, ce mardi, entre Aurillac et la station du Lioran, dans le Cantal. Sonnant la charge Ă 15 kilomĂštres de lâarrivĂ©e, le maillot jaune slovĂšne sâadjuge lâĂ©tape et accentue son avance au classement gĂ©nĂ©ral, repoussant le Danois Jonas Vingegaard (Visma-Lease a bike) Ă 3â36 et le Belge Remco Evenepoel (RedBull-Bora-Hansgrohe) Ă 4â6. Mais câest bien plus quâune collection de victoires que se bricole PogaÄar: une sĂ©rie de dĂ©faites pour les dogmes du cyclisme ou, plus humblement, pour les cadres de pensĂ©e et dâexpression, parfois vieux de cent ans. Plus rien ne tient debout.
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Son corps résiste
Ce nâest pas lui qui a prĂ©sidĂ© Ă cet Ă©croulement du monde, pas lui tout seul qui a tuĂ© ces tablettes antiques, mais il a poussĂ© au paroxysme les destructions, dont il faut reprendre lâinventaire⊠Donc, PogaÄar mĂ©prise lâidĂ©e selon laquelle un maillot jaune ne doit pas se disperser au long du Tour ni mĂȘme dans une saison â ce qui implique de renoncer Ă Paris-Roubaix. Il piĂ©tine le «thĂ©orĂšme de Chapatte». LâĂ©quivalent de Pythagore, sur les Ă©tapes de plat, qui Ă©dicte quâun Ă©chappĂ© avec une minute dâavance Ă 10 kilomĂštres de lâarrivĂ©e pourra rĂ©sister au peloton. Pourquoi pas aussi les lois de la gravitĂ©? Il broie lâimpĂ©ratif anatomique dâavoir un corps dĂ©fini, dans un excĂšs ou dans un autre, tout en os ou tout en muscles. Il pourfend lâusure quâon redoutait pour la gĂ©nĂ©ration des adolescents pressĂ©s. Il terrasse sa fatigue. Il noie lâespoir des autres. Il nâa nul besoin dâalliĂ©s, encore moins dâamis. Il calcine la tradition du champion laissant une stĂšle dans lâHistoire, en collusion avec un ou deux Ă©crivains qui sculpteraient sa lĂ©gende.
Ce que consacre et massacre Tadej PogaÄar, plus encore que lâattente de sa chute et la revanche de ses victimes, plus que les scĂ©narios sans plot twist dâun cyclisme qui rĂȘvait de Netflix, câest le temps. La ligne du temps, avec lui, ne fait que disparaĂźtre. Il est dâune Ă©poque sans sources, dans un voyage en tunnel blanc, rĂ©tif Ă la mĂ©moire. La sidĂ©ration quâil impose, dont il jouit chaque minute sur le Tour, sâaccommode peu de lâĂ©motion â et mĂȘme de la raison la plus rationnelle. Or, la mĂ©moire sans Ă©motionâŠ
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Perplexité des coureurs
Comment voir, lire, Ă©crire ce Tour? La perplexitĂ© des coureurs recoupe en angle aigu celle des suiveurs, perdus dans leurs rĂšgles mortes dâun sport ni vivant ni mort, mais dans un semblant de purgatoire. Il nâest plus possible de dessiner ce Tour, ses oscillations et cassures, ses pics et ses creux. PogaÄar a ruinĂ© le chapitrage des trois semaines, lâunitĂ© dâaction, la vision des montagnes lâune aprĂšs lâautre. Dâabord les PyrĂ©nĂ©es, venues trop tĂŽt, puis le Massif central, arrivĂ© au milieu, car câest son rĂŽle, avant les Vosges, les Alpes du Sud, les Alpes du Nord⊠Sans lieux distincts, sans personnages autres que lui, crevant lâĂ©cran, hĂ©ros permanent, il nây a pas dâhistoire ni de pluriel au mot.
Le NorvĂ©gien Torstein TrĂŠen (Uno-X Mobility) aurait pu donner Ă ce Tour une apparence de graphique, par le rĂ©cit dâun maillot jaune menacĂ© sur les pentes du Lioran, dĂ©sespĂ©rĂ© dans sa rĂ©sistance au favori suprĂȘme, sâaccrochant chaque jour aux fibres jaunes pour prolonger la gloire, jusquâĂ cĂ©der un jour, majestueux et misĂ©rable, digne et beau. Mais le pauvre grimpeur a chutĂ© dans la descente du Tourmalet, et il a quittĂ© la course avec une commotion cĂ©rĂ©brale. Tadej PogaÄar a ainsi repris le jaune et il ne saurait ĂȘtre question quâil freine, quâil jette des cadeaux de pacotille, encore plus humiliants quâune franche et brutale ÔĐŸmŃпаtŃĐŸĐż.
Dans cette galaxie oĂč le temps ne sâĂ©coule plus, ce nâest pas le moindre des vertiges que de ne pas sentir la fin. 2027? 2028? 2030? PogaÄar est nĂ© en 1998, mais son Ă©nergie ne brĂ»le pas Ă vitesse humaine. Lâancien cyclisme aurait connu sa date de pĂ©remption. Le nouveau lâignore. Tadej PogaÄar est de ces «monstres» au sens que leur donne Antonio Gramsci: «Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent Ă apparaĂźtre, et câest dans ce clair-obscur que surgissent les monstres.» La phrase Ă©claire la mĂ©taphysique de lâHistoire, un domaine infiniment plus tragique que les convulsions du petit Tour de France. Mais, Ă hauteur de lâĂ©vĂ©nement, «le vieux monde se meurt» bel et bien.>>