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Le Condamné à Mort - Quatre heures à Chatila - Littérature & poésie

Sujet de discussion : Le Condamné à Mort - Quatre heures à Chatila
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 8 octobre 2013 à 23:38
    Chanté par Marc Ogeret & Hélène Martin (qui en a composé la musique), "Le Condamné à Mort", ce poème, daté de 1942, écrit par Jean Genet, à la gloire d'un condamné à mort, dans l'attente de son exécution, est un chant d'amour hоmоsехuеl, chant inaugural de la langue somptueuse d'un écrivain (romancier, dramaturge, poète, essayiste) qui avait décidé, un jour qu'il ne comprenait pas le langage amphigourique des juges, d'écrire dans le plus haut style ce que, eux, ne comprendraient pas, les paroles d'un homme qui ne sera jamais du côté des pouvoirs.











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    Un homme qui ne sera jamais du côté des pouvoirs, ai-je plus haut écrit. Un exemple.


    Jean Genet et les Palestiniens.


    Comment Jean Genet en est venu à s'identifier à la cause palestinienne, en visitant notamment les camps de Sabra et de Chatila, après les massacres perpétrés par les milices chrétiennes du parti des Phalanges Libanaises (Al Kataëb Al Lubnanyyia) du 16 au 18 Septembre 1982, sous le regard et les projecteurs complices de l'Armée israélienne Tsahal (le gouvernement israélien désignera la commission d'enquête Kahane, qui jugera coupables les phalangistes, à la suite de la plus grosse manifestation jamais organisée en Israël, 400 000 personnes rassemblées par le mouvement "La Paix Maintenant", accusant le général Ariel Sharon de complicité de meurtres).


    Après la visite dans ces camps, Jean Genet écrira un texte "Quatre heures à Chatila", publié dans la Revue d’Études Palestiniennes.


    Les propos de Leïla Shahid (ou Chahid), déléguée à Paris de l'Organisation de Libération de la Palestine, expliquant l'attachement de Jean Genet à la cause palestinienne.






    Le texte de "Quatre Heures à Chatila" :


    http://www.info-palestine.eu/spip.php?article11193


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    Je suis frappé, mais le parallèle entre le grand bourgeois et le pauvre, voleur, emprisonné trouvera ses limites, par une ressemblance entre André Gide, homme courageux et hоmоsехuеl, dénonçant - en 1936 - dans son "Retour de l'URSS" le stalinisme et dans "Voyage au Congo et Retour du Tchad : carnets de voyage" le colonialisme français - massacreur de Noirs notamment par la construction de lignes de chemins de fer selon la force de travail de Noirs еsсlаvеs sans outils -, en un temps où la gauche voyait dans les procès de Moscou de vagues perturbations et où elle défendait l'Union française, et l’impérialisme français, avec Jean Genet, hоmоsехuеl, dénonciateur de la guerre d'Algérie dans "Les Paravents", mettant en scène la futilité du pape dans "Elle", homme réfractaire aux engagements mais engagé au côté des Panthères Noires (le Black Panther Party), et au côté des Palestiniens, et publiant le magnifique livre qu'est "Un captif amoureux".


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  • imotep8 Membre pionnier
    imotep8
    • 9 octobre 2013 à 01:19
    C'est bien d'avoir qqu'un qui lit et le dit. ça ouvre automatiquement sur autre chose.Je connais Genêt par Querelle (le film) et les "Bonnes" je crois.. je ne sais plus. On m'en a parlé.

    j'ai lu le poeme, ehhh c'est plus fluide, plus coulant, plus simple...
    Et il faudrait qu'on te fasse рlаіsіг!!! lol. Tss tss tss. je laisse cela aux plus jeunes. plus vigoureux et plus verts dans le médium qui leur siéra. .

    Par contre le pouvoir, c'est qque chose qui se passe et auquel on ne devrait pas s'identifier. Hummm. Tôt ou tard il faut l'assumer et prendre des décisions.... Qui peut savoir ce que l'on ferait, chacun dans une telle situation. Les démocraties ont des gardes fous, c'est certains : Les institutions. Mais....
    ëtre contre c'est comme être pour. C'est l'envers d'une même pièce. c'est mon avis, j'ai peut être tort. Mais je te rejoins sur un point, il faut toujours choisir son camp tôt ou tard. ça oui.
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 9 octobre 2013 à 03:14
    Imotep8, je suis aussi persuadé que, quelque parti auquel on adhère, quelque parti-pris que l'on ait, quelque combat que l'on mène, la question du pouvoir se posera, et donc :

    - soit l'on adoptera les institutions en place, l'on s'y coulera, et quelque ambition réformatrice que l'on ait, l’État qui signifie un pouvoir de classe l'emportera sur toutes les velléités réformatrices ;

    - soit l'on entreprendra la démolition de l’État au profit de nouvelles institutions,

    mais ainsi que l'ont montré l'ехрéгіепсе soviétique, et la claire lucidité de Lénine disant en 1922 qu'il était faux de prétendre que la Révolution d'Octobre avait créé un appareil d'État ouvrier alors qu'il y avait un appareil d’État hérité du tsarisme avec sa bureaucratie et toute sa barbarie, ou la Révolution espagnole de 1936 (quand les staliniens et les anarchistes ont défendu l’État républicain bourgeois contre les paysans et les ouvriers expropriant les capitalistes et les latifuпdiaires), ou d'autres ехрéгіепсеs plus récentes,

    le chemin est rude, et la voie étroite.

    Mais, peu importe.

    Un homme, comme Jean Genet, qui a été dans un bagne pour enfants, puis en prison, dont il n'aura réchappé que grâce à l'intervention et à la demande de grâce de Jean-Paul Sartre et d'autres, ne pouvait pas s'identifier à quelque pouvoir étatique que ce soit, et il était très conscient que son hоmоsехualité - singulièrement - le rendrait victime d'un mouvement de libération nationale - comme celui des Panthères Noires ou des Fedayins palestiniens - dès lors que celui-ci se constituerait en État.

    La vérité est, aussi, qu'aucun poète ou écrivain, digne de ce nom, ne peut s'imaginer membre d'unions officielles des écrivains et mettant sa plume au service d'un État.

    L'exemple de l'URSS stalinienne est le plus poignant, et marque le désastre d'une identification du rôle de l'écrivain avec une fonction réglementée par l’État : l'appartenance forcée à l'Union des écrivains, et la doctrine d’État du prétendu "réalisme socialiste" ont durablement stérilisé la littérature russe et celles des pays de l'Union Soviétique, quand les écrivains n'étaient pas assassinés, ou après Staline condamnés pour "parasitisme social" et empêchés de publication (cf. le procès de Iouli & Daniel ; cf. Soljenitsyne quoi que l'on pense de son ultime dérive monarchiste, antisémite et pan-slaviste ; cf. le cas du grand poète Joseph Brodsky, prix Nobel de littérature).

    Oui, "Les Bonnes", et toutes les pièces de Jean Genet marquent les étapes d'une grande écriture.

    Tu me dis que c'est bien que quelqu'un lise ici et le dise.
    Je suis sûr que tu as des lectures très intéressantes, Imotep8 (et dernièrement tu me recommandais Paul Fort, pour le rythme d'un de ses poèmes, que tu admires) !!!

    La couverture de "Elle" et de "Splendid's", les dernières pièces de Jean Genet, publiées de manière posthume :


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  • gael73 Membre occasionnel
    gael73
    • 9 octobre 2013 à 09:14
    Et il en existe une version plus récente, avec la même musique, récitée-chantée par Jeanne Moreau et Etienne Daho. Excellente.
  • imotep8 Membre pionnier
    imotep8
    • 9 octobre 2013 à 11:40
    Oui, l'art par nature, définition et essence est de la liberté;si ce n'est pas le cas, il n'est plus créatif de fait il s'étiole.... pour reposséder je pense en créant un style, c'est tout le miracle de l'art ça.

    Pour le moment en lecture je suis dans l'héroic fantasy. .
    ça me détend. Je relis eddings.
    Ceci dit je suis tombé en chemin dans une voiture où j'étais assis, un roman de Troyat. un régal.

    Bref, en matière de lecture c'est léger ces temps ci.

    Sur un рlап politique, je n'ai pas d'analyse historique des choses. En fait, je sais que l'exercice du pouvoir n'est pas chose aisée. Sans compter qu'il peut conduire à un certain comportement paranoïaque si l'on n'y prend garde;et il faut toujours un responsable et un dirigeant. Partant de là, il faut bien cadrer cet exercice du pouvoir. C'est tout ce que j'en sais.

    et enfin, et je finis (pouhh c'est long), Qd Ulysse rentra de ses pérégrinations, il tua tout le monde, sauf les poètes....
  • sergeclimax69007 Membre suprême
    sergeclimax69007
    • 10 octobre 2013 à 21:44
    Face à l'exercice, barbare, du pouvoir par les gouvernements israéliens, face à l'exercice, assassin, du pouvoir par les gouvernements des États-Unis d'Amérique du Nord, et face à l'exercice, sanglant, du pouvoir par les gouvernements français, Jean Genet s'est senti appelé, non pas à des œuvres de propagande, mais à des œuvres entières, autonomes, ne flattant pas les révoltés, ne s'élevant pas comme de piètres cantiques décérébrés en l'honneur des combattants avec qui il aura eu parti lié, mais aussi à des actes utilisant le prestige que lui donnait la position qu'il avait réussi à atteindre par son écriture.

    Autonomie de l’œuvre, irréductible à une visée propagandiste, et engagement personnel en tant qu'écrivain reconnu : telles auront été les deux faces de son insertion sociale, disant son refus de l'état des choses installé.

    La difficulté de l'exercice du pouvoir n'exonère pas les gouvernants de leurs fautes, de leurs tromperies et de leurs bassesses.

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