Je crois aussi qu'il importe de distinguer entre la fiction et la réalité commune.
Je sais, comme tout un chacun, que l'interdit de l'іпсеstе est au fondement même des société humaines,
que cet interdit - si l'on prend la longue histoire de l'humanité - a permis entre des groupes divers l'échange des femmes et des hommes (aspect fonctionnel dans la dynamique de constitution des sociétés),
que de nombreuses codifications a travers le monde ont donné à cet interdit des formes différentes (cf. Claude Lévi-Strauss "Les structures élémentaires de la parenté", qui étudie par le menu les différentes prohibitions de l'іпсеstе dans le monde entier),
que ne point respecter cet interdit sехuеl dans le cadre d'une famille expose ses contrevenants d'abord à une limitation psychique dommageable pour eux (eh non, les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, pas plus que les enfants ne sont là pour satisfaire les désirs sехuеls de leurs parents, de leur frères ou de leurs sœurs),
dommage psychique qui est d'abord de l'ordre de la fermeture, de la fixation à un stade peu évolué de la sехuаlіté quand la lіЬіԁо de l'enfant prenait pour objet ses proches immédiats (identification, désirs œdipiens, fапtаsmеs de "coucher" avec son père ou sa mère - sans que les enfants ne se représentent ce que cela signifie concrètement, puisqu'ils sont dans l'ordre de l'imaginaire).
Par ailleurs, je sais que de multiples sociétés antiques pour les rois identifiés à des dieux ont ignoré l'interdiction de l'іпсеstе : tous les pharaons l'ont pratiqué avec leurs sœurs et même avec leurs filles : pratique réservée à ce que les anciens Égyptiens tenaient pour le Sacré (et ceci jusqu'à la fameuse Cléopâtre, celle de Jules César, qui régna comme veuve d'un de ses frères).
Donc un interdit de l'іпсеstе au source des société humaines mais un іпсеstе réservé à des êtres d'exception (dieux, héros, êtres légendaires, dont il nous est rappelé plus haut quelques exemples pour le monde grec ancien). Êtres qui relève de la croyance, et qui sont au-delà de la société humaine (en des temps mythiques, ou en des temps archaïques)
Alors autant je condamnerai le vіоl de l'enfant par ses parents, le vіоl de la sœur par son frère, le vіоl du fils par sa mère, autant je ferai la SAINE DISTINCTION qui doit toujours être faite, entre réalité sociale effective, où des personnes sont victimes, et LA FICTION dont peut faire partie la fascination pour la transgression d'un interdit, fascination qui trouve un vaste champ d'expansion sur internet avec des textes qui ne sont sans doute pas des trésors de la littérature mais bien du FАNТАSМЕ à ciel ouvert. Et la FICTION ne traumatise pas !!!
Et sans admirer ces textes, je ne pousserai pas l'éternel cri de la décadence des mœurs.
Bien sûr que bon nombre peinent à établir la frontière entre réalité et fапtаsmе (et internet ne facilite pas la distinction !!!), bien sûr que ces textes peuvent indiquer une fascination malsaine, mais relevons que, si nous prenons des élaborations sans égales avec ces pauvretés, tout le cycle des tragédies grecques consacrées à Œdipe - ne serait-ce que ces textes-là !!! - plaide en faveur du fait QUE LA FICTION N’ÉQUIVAUT PAS A UNE RÉALITÉ SOCIALE EFFECTIVE, et qu'aborder ce thème de l'іпсеstе est des plus nécessaires aux humains. Pour se représenter ce que c'est !!!
--------------------------------- Aussi n'est-ce pas en appelant, au nom d'une prétendue décadence des mœurs à la déploration,
et puis sans ciller, comme si l’État avait à fоuггег son nez dans les expressions imaginaires des consciences, en appelant à la répression,
et en appelant à la limitation des droits infinis de la création littéraire au nom d'un moralisme maladroititant et austère et attentatoire non pas aux "vices" mais à l'intégrité de l'imaginaire,
que je conclurai. -----------------------------------------------------
Non à l'іпсеstе pratique, condamné par les lois civiles à juste titre !!!
Non à la main-mise de l’État sur TOUTES les expressions de l'imaginaire !!!
Oui aux tragédies grecques consacrées à Œdipe !!!!
Et non à la mauvaise littérature, "mauvaise" au nom de critères esthétiques, et surtout parce que des fапtаsmеs à ciel ouvert ne font pas rêver : cette réprobation ne doit pas équivaloir à l'interdiction pénale, dans quelque État que ce soit, mais du goût plus ou moins partagé (plus ou moins, notez-le !!!)
Et lorsqu'une réprobation envers des écrits arrive, au nom d'une morale, et que cette morale particulière a le bras armé de l’État à sa disposition, et frappe, nous ne parlons plus de littérature ou d'écrits, mais des libertés publiques. Laissez ceux qui fапtаsmеnt à ciel ouvert en liberté, à moins que vous ne rêviez d'un État théocratique à la Khomeini ou d'une société où des faux-сuls régentent au nom de leur morale tous les individus et violent les consciences au nom d'un "Bien" s'élevant au-dessus de toute humanité