Médiévale, l'internet, l’anonymat derrière le clavier, l'usage des pseudonymes, l'attraction hypnotique de l'écran favorisent une perte de la réalité commune chez chacun.
Et cette perte de réalité introduit, tout droit, au royaume des bobards, des imaginations, pour le dire en bref - sans porter de jugement - des fапtаsmеs, par lesquels des personnes qui se sentent victimes écrivent de faux témoignages quant à leurs malheurs bien existants, mais pas assez à leur yeux, de telle manière qu'elles ajoutent le lest de l'événement effectif à la source de leur traumatisme (qui n'a pas besoin d'un événement pour être, car le traumatisme est un fait psychique dont la causalité n'est pas réductible à un événement)..
Et, bien sûr, cette floraison fantasmatique, sur ce site, avec maints détails plus horribles et à frémir les uns que les autres, peut être dommageable, dans le sens où de véritables violences subies passent à l'as, en viennent à tomber sous la suspicion d'être des faux, et ne recevront pas l'attention qui leur est due.
--- Je module CEPENDANT mon propos : toute personne qui invente une souffrance qu'elle n'a pas subie, et en fait un scénario, souffre ; et sa souffrance a à voir avec ce qu'elle fапtаsmе.
Le récit peut être faux, mais la souffrance véritable.
---- Pour le dire en clair et en prenant un exemple vécu par moi : tous ceux qui ont participé à des groupes de psychothérapie institutionnelle (psychothérapie d'inspiration freudienne) savent qu'il y a, chez certains patients, un refoulement tel qu'ils ne se souviennent jamais de leurs rêves ; alors, епvіеux des rêveurs, ils en inventent ; tout le monde (les patients) sait que c'est inventé ; pour autant, ce que ces patients "menteurs" disent provient de leurs souffrances, entre autres de leur souffrance qui est de ne pas concevoir et de penser leur souffrance ; et le psychothérapeute, digne de ce nom, ne va ni invalider ni soupçonner le récit de ce "faux" rêve, car le récit raconté de ce rêve fictif dit beaucoup de la personne qui le raconte.
---- L'exemple ci-dessus montre, si besoin est, que, de toute manière, l'on n' épuise jamais le contenu de sa souffrance. Et que les récits les plus crus, au ras des violences réellement subies ou réellement imaginées, ne disent que la violence intérieure qui bouillonne, et qui change à chacun de ses bouillonnements.
--- La souffrance n'est pas indicible : un des grands maux du siècle est de croire que la dire l'évacue, et que plus les mots violentent le récepteur, plus l'on s'en débarrasse, de cette violence.
En vérité, la violence qui reste en soi, provenant de circonstances malheureuses de la vie, se métamorphose.
En cela, la souffrance reste toujours à dire, et l'on doit, quels que soient nos soupçons de fausseté quant au témoignage horrible, lui prêter de l'attention, attentivement, si l'on en a la capacité, car chacun n'est pas un dépotoir où des malheureux peuvent venir déposer ce qui les trouble gravement.
Nous avons nos limites. Et celles-ci sont d'abord : tu me racontes une histoire ; mais tu ferais mieux de consulter, oui, un psychiatre formé à la psychothérapie (freudienne), et dont le coût de la séance peut être entièrement pris en charge par la Sécurité Sociale et ta mutuelle (même en secteur deux, avec dépassement d'honoraires).