... Certains se présentent ; d'autres racontent des tranches de leur vie ; d'autres encore, autre chose ; eh bien moi, je vous présente un blues carabiné.
Je ne te connais pas, mais je connais les mots, à ma façon moins luxuriante mais toute aussi tourmenteuse que la tienne, et je sais reconnaître une note bleue qui fait Pan ! Comme je connais trop notre Amie presque… Il n’y a pas de honte à la regarder dans les yeux, pour les crever un peu, comme on jouit, de ce qui coule ainsi. On peut dire ces choses, et les écrire comme toi quand on sait écrier ainsi est un devoir d’expression de ce qui sinon s’imprime. Ce noir est plus sincère, et souvent moins triste, que le foutre. S’il y a une humeur que je conchie des deux mains de mon aujourd'hui, c’est bien ce devoir de gayté qu’on nous prescrit comme un cache silence, surtout en ce temps défaite… Aller mal, dans cette guimauve, tient autant du gai savoir que du désespoir des songes… Cette ivresse qui pue la modération, ces concours de baisodrames dans un monde où l’on ne sait plus se toucher, où la tendresse est un gros mot, et ce gâchis partout, alors que chaque main est riche, de ce qu’elle peut donner… « Il est dur de vivre sans donner » … si j’aime du dedans la virtuosité de tes mots, je connais les limites de ces exsudats, ce sont ces derniers qui m’ont arrêté, et dit : résonne, même si ça ne sert à rien, surtout… Moi aussi, les grands soleils que j’ai dans les mains brûlent parfois de ne pouvoir couler… Alors je prends ma plume la plus seule, je la trempe dans mon encre d’échine… Aller, encore un petit pâté ! sur cette drôle de plage, puisque tu dis apprécier mes taches, celle-ci aussi, naguère, en des circonstances sorогаlеs, pour La débouter un peu… Sans mode d’emploi, bien à toi.
La solitude est un rivage qui ne se laisse pas aborder
Une patrie insolite où tous les cœurs sont en exil
Une terre brûlée par le doute où l’herbe pousse noire
Un ciel vide pour des ailes insupportables
Un air trop solide pour de brèves aspirations
Un mur d’eau et de sable entre deux vagues dures
Un abri de pierres molles couturées de silence
Un ballet d’ombres blanches percluses de noirceur
Un abîme où des géants ont pleuré l’Océan
Un arbre accroché à flanc de mots
Un nuage décapité par la cime
La solitude est une petite flamme qui ne pousse que la nuit
Une goutte de soi, sur une rive, sur une lèvre, seule.
...
Puis toute encre bue, on éclate de dire, et on sort !
